"A Serious Man", "In the Air", "Invictus", "Bright Star", "Le Refuge" & "Lebanon" (Notules Février 10)
Par La Rédaction, le 13 février 2010 - hiver - 11:31
Début d’année chargé avec un nouveau beau film des frères Coen (A Serious Man), la confirmation du talent limité de Jason Reitman (In the Air), la déception Clint Eastwood (Invictus), le retour gagnant de Jane Campion (Bright Star), la production annuelle de François Ozon (Le Refuge), et enfin le dernier Lion d’Or du festival de Venise (Lebanon).

A SERIOUS MAN de Joel et Ethan Coen

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Après un début de décennie décevant (The Barber, Intolérable cruauté et Ladykillers), le cinéma des frères Coen s’est refait une santé en trois films formidables. Après le chef-d’œuvre No Country for Old Men et le sympathique Burn After Reading, Joel et Ethan accouchent cette fois d’un film unique, une comédie noire essentiellement ancrée dans la communauté juive du Minnesota des années 60, précisément là où les frangins ont grandi. Larry Gopnik, proche de la cinquantaine, est un professeur de physique dans une université du MidWest. Alors que son fils Danny va célébrer sa Bar Mitzvah, sa femme Judith décide de le quitter pour Sy Ableman, une de ses connaissances. Entre problèmes familiaux et professionnels (obtiendra t-il sa promotion ?), Larry traverse une période décisive et critique de sa morne existence. Rarement un film (même chez Woody Allen) n’aura autant explorer et déglinguer en même temps le "qu’est ce qu’être juif" aux Etats-Unis. Déjà abordée dans Barton Fink ou The Big Lebowski, la question juive monopolise ici tout l’écran. Comme souvent chez les Coen, le film fonctionne par éclats. Sur la trame parfois monotone du drame familial qui suit son cours, se greffent des climax humoristiques et fabuleux (le conte du tout début, l’épisode savoureux avec le dentiste), mais parfois aussi violents. Se dresse dans A Serious Man une mélancolie teintée de provocation, d’où cette sensation d’étouffement quelque peu jouissive. Le nouveau métrage des frères Coen foisonne de géniales idées de mises en scène et de scénario, et s’impose comme le premier grand film de l’année 2010 !

par Julien Hairault

IN THE AIR de Jason Reitman

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Succédant au déjà médiocre Juno, In the Air confirme la pseudo-arnaque que consiste le cinéma de Jason Reitman, honnête faiseur au demeurant, mais incapable de prendre la pleine mesure de sujets sociaux forts et "de gauche". Avec son nouveau film, il a beau aborder les questions des licenciements abusifs dus à la crise économique actuelle (le personnage du toujours formidable Clooney passe ainsi son temps à traverser le pays pour annoncer à des inconnus qu’ils sont virés de leur entreprise), ce sujet est très vite mis de côté au profit des histoires de cul et de cœur des personnages. Ou comment, au final, jouer d’un intérêt fort relatif pour une question d’actualité afin d’attirer le public, pour mieux se fourvoyer dans l’exercice convenu de la comédie romantique. Il serait cependant injuste de ne pas reconnaître certaines qualités à Reitman : bon direction d’acteurs, auteur de quelques lines très drôles, et metteur en scène doué d’un sens du rythme évident... Mais cette manie de soulever avec tant de légèreté et de désintérêt des sujets sensibles le rapproche plus d’une démarche réactionnaire que réellement engagée.

par Julien Hairault

INVICTUS de Clint Eastwood

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Le dernier film de Clint Eastwood alterne le chaud et le froid, dans cet ordre précis. Retraçant la manière dont le président sud-africain Nelson Mandela (Morgan Freeman, le "rôle de sa vie") a utilisé la Coupe du Monde de Rugby (1995) pour unir son pays et faire tomber les clivages racistes entre les blancs et les noirs, Invictus est dans un premier temps une merveille d’humanisme où le cinéaste américain retrouve et aborde ses thèmes de prédilection. A l’image de Gran Torino qui traitait déjà de l’affrontement communautaire parfois sur un ton humoristique, Eastwood nous offre ici quelques scènes dans cette même lignée, comme la rencontre entre les deux équipes de gardes du corps, l’une "blanche", l’autre "noire". Ou encore cette séquence magnifique où les Springbocks s’en vont à la rencontre des enfants défavorisés des bidonvilles, qui est elle l’un des grands climax émotionnels du métrage. Le film dans son ensemble peut se voir comme un spot publicitaire pour Mandela, et c’est là que les problèmes commencent. Il manque au film de l’ironie, un contre-point de vue, quelque chose pour enrailler la machine quand celle-ci tombe trop facilement et parfois niaisement dans l’éloge. Lors du final, de la finale opposant les Blacks néo-zélandais aux Springbocks sud-africains, outre le temps qui s’allonge éternellement à travers des ralentis qui frôlent le mauvais goût (d’une manière générale, le film est assez platement mis en scène), le spectateur tombe des nues face à de nombreuses scènes d’un symbolisme primaire : blancs et noirs rient et célèbrent ensemble jusqu’à ce plan ridicule de la coupe soulevée par une main noire et une autre blanche.

par Julien Hairault

BRIGHT STAR de Jane Campion

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Bright Star conte le destin du poète du XIXe John Keats, et de sa bien aimée, richissime et élégante fille de châtelains. Avec cet amour qui prend doucement une tournure passionnée, puis contrariée par la pauvreté, les conventions de l’époque et la maladie, Jane Campion retrouve les ingrédients romantico-tragiques qui avait fait sa notoriété avec La Leçon de piano. Cependant, le changement de décor, ici la nature est également luxuriante mais aussi accueillante, et la jeunesse des protagonistes de cet élan du cœur chaste et pudique, emportent plus loin la force poétique et esthétique. Le verbe et l’écriture trouvent dans la mise en scène et la nature plus d’échos et de correspondances que l’instrument dans La Leçon de piano, davantage marqueur de classe, objet de rapprochement et voix de sa propriétaire muette. Bright Star est un film rare et exigeant, qui doit, comme la lecture d’un poème, être savouré avec patience dans la divagation.

par Morgane Pichot

LE REFUGE de François Ozon

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L’an dernier, François Ozon trouvait avec l’enfant ailé Ricky une fantastique échappée à l’ordinaire pesant d’une famille d’ouvriers. En 2006, avec Le Temps qui reste, il condamnait Melvil Poupaud à vivre ces derniers jours. Le Refuge renouvelle habilement ces deux précédents films. Louis (Melvil Poupaud), fils d’une famille bourgeoise mais déchirée par le non-dit, meurt d’une overdose d’héroïne, laissant sa petite amie, Mousse (Isabelle Carre), seule et enceinte. La mère du défunt l’encourage à ne pas garder cet enfant. Elle s’isole pour mieux réfléchir et se désintoxiquer, jusqu’à l’arrivée du frère homosexuel de Louis, Paul. Ensemble, ils répondront a leurs interrogations mutuelles, jusqu’à voir en cet enfant l’incarnation d’un être perdu pour l’un, le rêve d’un enfant impossible pour l’autre. François Ozon retrouve sa veine minimaliste, la mise en scène est subtile, légère et évite ainsi d’alourdir un film qui brasse l’air de rien des questions lourdes : le deuil, la maternité non désirée, l’homosexualité et la paternité...

par Morgane Pichot

LEBANON de Samuel Maoz

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1982, Israël envahit le Liban. Le futur réalisateur Samuel Maoz est soldat. C’est de ce cauchemar, de ce traumatisme qu’il tente de se libérer avec Lebanon. Plongée claustrophobe d’une journée dans un tank, le film montre et démontre sans concession la violence sanguinaire, psychique, et les contradictions absurdes de conflits qui ne font toujours que des victimes, d’un cote comme de l’autre. Le message a une portée universelle, il passe parfois au prix d’un certain voyeurisme et de passages convenus, mais il est heureusement soutenu par la force du point de vue interne du tireur depuis son viseur. Ce film, à l’image de Hunger il y a deux ans, rappelle qu’une esthétique marquée, mais maitrisée afin de ne pas franchir la limite du spectaculaire et du Beau, est une démarche qui fonctionne même, voire surtout, pour des films revenant sur les périodes difficiles de l’Histoire.

par Morgane Pichot

Images : © StudioCanal (A Serious Man), © Paramount Pictures France (In the Air), © Warner Bros. France (Invictus), © Laurie Sparham (Bright Star), © Le Pacte (Le Refuge), © CTV (Lebanon)






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
- Le Ciné-Club de Caen

Ces liens vous sont proposés par Fin de Séance, site d’analyse critique des films d’aujourd’hui, n’hésitez pas à nous contacter pour nous transmettre des liens équivalents pour d’autres villes.

Retrouvez également Vodkaster - Le blog de la cinéphilie 2.0



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