Quelques années avant la chute du mur de Berlin. Gabita, joué par Laura Vasilia, va se faire avorter aidée de son amie Otilia ( Anamaria Marinea ). Dans la Roumanie des années 80, cette opération est considérée comme un crime, elles appellent donc un homme spécialisé dans ces opérations clandestines.
Avec tous les risques que cela comporte, les deux femmes vont faire l’opération dans une chambre d’hôtel miteuse.La réalisation de Cristian Mungiu est ce qu’on peut appeler réaliste. Le cadre se balade en des faux airs des frêres Dardenne, ce qui a tendance à nous faire ressentir une certaine réticence. Le cinéma en tendant vers le réalisme se perd dans une sorte de naturalisme et le film se montre ainsi à travers une vitre salie, embuée. Les visages ne restent pas, la souffrance ne touche pas, le spectateur observe uniquement et malgré les gros plans sur Anamaria Marinea, rien ne passe. C’est en parlant du personnage d’ Otilia grâce auquel on peut peut-être comprendre le problème majeur de ce film. Le point de vue. L’histoire se passe manifestement à travers Otilia, mais c’est une sorte de point de vue physique car nous percevons que rarement les sentiments profonds de ce personnage, il n’y a pas de pause sur elle, évidemment tout est précipité et l’action se dépêche car l’urgence est présente jusqu’à ce repos enfin autour d’une table au restaurant de l’hôtel. Le réalisateur nous montre bien qu’il est impossible de comprendre ce que ressentent les personnages, nous ne pouvons pas se mettre à leurs places, nous ne pouvons nous identifier. Cette distance est présente tout le long du film. Distance trop pudique finalement, distance d’un homme qui s’avoue impossible de montrer le cœur, montrer l’inmontrable. C’est pourtant ce qu’il va faire, dans une séquence où la camera descend violement sur le fœtus, objet du film qui devait rester secret, qui ne devait pas être montré. Le principe suffisait, l’individu, dans cette société communiste, n’existe plus, il est jeté dans les toilettes.

L’objet, le fœtus est clairement une critique du socialisme, l’image est ainsi justifiée mais rien n’est clair. L’ambiance roumaine est presque caricaturale, pauvre, dans des tons contrasté noir et blanc, tout est triste, et le danger ne semble jamais très loin. La conspiration est présente partout. Malgré tout ces indices, l’univers n’est pas clairement communiste, il faut se méfier de ces œuvres d’Europe de l’Est. Lorsque les premiers livres de l’écrivain Tchèque Kundera furent publiés en France dans les années 60, les français y ont tout de suite vu une critique féroce contre le communisme. Kundera dira lui-même quelques années plus tard que ce n’était pas son intention mais que ses œuvres parlaient bien d’autres choses.

Si alors Cristian Mungiu ne nous parle pas du communisme, de quoi alors nous parle-t-il ? Le film est bloqué par la distance qu’il impose, je pense que ce film dans son action précipitée, non réfléchie toujours urgente et dans ses personnages présents uniquement dans leurs formes mais trop occupés pour être présent dans leurs âmes, je pense qu’il tend réellement vers une critique communiste, critique d’une société qui n’est plus, ou en tout cas plus dans cette souffrance. Critique tardive.
Bref, 4 mois, 3 semaines, 2 jours est un film qui ne sait pas trop où aller, à force de ne pas imposer, il suppose un peu trop, la camera n’est plus responsable et s’offre des vacances, malgré certains plans séquences fixes magnifiques, la camera se balade et nous avec.
Quatrième film de Cristian Munigiu, à Cannes, cette oeuvre forte et directe bouleverse les festivaliers, et notamment Stephen Frears, Président du Jury, qui lui décerne la Palme d’Or.
Une première pour le cinéma roumain.
Notez qu’un deuxième article défendant un avis contraire (élogieux) sur le film est en cours de rédaction.