Samson & Delilah (Un film de Warwick Thornton )
A l’origine d’un peuple
Par Julien Hairault, le 3 décembre 2009 2009
Caméra d’or au dernier Festival de Cannes (après le sacre de Hunger en 2008), Samson & Delilah n’est pas que le premier film de son auteur, l’australien Warwick Thornton, c’est surtout le premier métrage aborigène de l’histoire.

Dans une communauté aborigène perdue en plein désert, Samson, un jeune homme sourd et muet, et Delilah, une jeune femme au chevet de sa grand-mère mourante, vivent de peu de chose en attendant que la vie passe. Les premières séquences du film s’attachent à montrer l’errance d’un peuple à l’abandon, sans ressource, contraint de chasser le kangourou pour manger, et de snifer des vapeurs d’essence pour que le temps passe plus vite. L’approche de Thornton est presque documentaire, et si elle use d’images choc pour illustrer son récit, c’est avant tout pour interpeller au plus vite le spectateur occidental, à qui ce film est clairement dédié.

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Quand la "love story" se déploie, on ne sait pas vraiment si Samson et Delilah s’aiment. Quand ils décident de fuir le campement pour rejoindre l’agglomération la plus proche, ils partent à l’aventure, sans vraiment savoir ce qu’ils font, ni que le monde urbain ne leur réservera rien de bon. Ce sont encore des enfants livrés à eux-mêmes, mais ils possèdent derrière eux une lourde expérience, celle d’avoir appris à vivre dans des conditions difficiles, sans figures paternelles viables, ni réelle éducation. La morale de Thornton pourrait être celle-ci : Il ne fait pas bon être aborigène compte tenu de la pauvreté extrême que cette condition entraîne. Mais est-il préférable d’être le blanc civilisé qui regarde ces aborigènes avec mépris ou dédain ? Aucune réponse ne nous sera donnée.

Dans la jungle de la ville, Samson et Delilah survivront plus qu’ils ne vivront, contraints de voler et de coucher dehors, avec la bénédiction de Gonzo, un clochard un peu fou qui partage son "toit" (un pont). Delilah traversera physiquement l’enfer, kidnappée puis renversée par une voiture. Ces incidents/accidents terribles interviennent au beau milieu d’un film contemplatif, porté par les errances de ses personnages désœuvrés mais qui semblent intimement liés. Les problèmes qu’ils rencontrent dans leur escapade citadine sont ceux qu’un couple "normal" affrontera sur plusieurs années.

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Samson & Delilah, à partir de cette romance entre un homme et une femme en devenir, raconte un peu les origines du monde (d’où l’origine biblique du titre). Quoi de plus normal pour le premier film d’un peuple ? Mais ce monde-là a déjà vécut, a vu la misère, a perdu depuis longtemps sa virginité, son innocence face au monde civilisé, cruel et impitoyable. Encore une fois, la force de ce film est de ne pas en parler, ou si peu, à travers la différence qu’il y aura toujours entre les aborigènes et les autres, même si parfois la frontière se délite (quelle différence y a t-il finalement entre nos deux héros et Gonzo ? ). La faiblesse du métrage est alors de ne pas dépasser ce constat, de ne rien revendiquer, de laisser ses beaux personnages à leur place, peut-être justement parce que cette place leur est à jamais assignée. Il y a comme le constat d’un échec dans Samson & Delilah, qui laisse malgré tout un goût d’inachevé.

Images : © Why Not Productions






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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