Dix ans après le presque culte La vie rêvée des anges et huit ans après son précèdent film, Le petit voleur, passé un peu inaperçu ; Erick Zonca revient en force avec Julia, un film puissant et bien écrit. C’est le cinquième scénarisé par le cinéaste (sur les six qu’il a mis en scène), mais le premier tourné en langue anglaise et réalisé aux États-Unis et au Mexique. L’histoire d’une femme alcoolique, moralement au bord du gouffre, tout juste renvoyée par son patron, qui tente l’impensable pour s’en sortir.Tilda Swinton (La plage, Vanilla sky, Broken flowers…) et Kate del Castillo (seulement son second rôle important) rappellent les deux personnages de La vie rêvée des anges et des Choses secrètes (de Jean-Claude Brisseau en 2002). Deux femmes qui se battent pour leur indépendance, bafouées par la vie, abusées par des hommes égoïstes et profiteurs. Julia noie son mal-être dans l’alcool et se réveille régulièrement auprès d’inconnus. Son patron la renvoie à cause de ses retards alors qu’elle a des dettes qu’elle ne peut pas rembourser. Lors d’une réunion d’aide aux alcooliques, elle rencontre la mère de Tom, une femme perturbée psychologiquement qui veut récupérer son enfant à tout prix. Les deux actrices sont criantes (au sens propre et figuré !) de vérité. Quand Julia apprend que le grand-père de l’enfant est fortuné, elle lâche la mère et décide d’enlever Tom à son propre profit.

S’ensuit alors une sorte de road-movie au départ assez passionnant. Les scènes au motel et dans le désert sont réalisés autour du mouvement et de la place des deux personnages, mettant ainsi en relief leur rapprochement progressif. Mais le personnage de Julia est de plus en plus difficile à incarner, de plus en plus incohérent. Son attitude, au départ justifiable par l’alcool est de plus en plus incompréhensible. En tant que spectateur, le point de vue interne est bousculé et devient externe dans la deuxième partie. Ses choix, son comportement et sa démarche perdent un peu de crédibilité. Pourquoi répéter tout le long du film à l’enfant qu’elle va le rendre à sa mère, alors qu’elle a refusé de l’aider gratuitement et ne semble pas chercher à la joindre ? Deux autres personnages auraient pu être mis plus en avant. « L’ange gardien », le pêcheur qui se rachète (interprété par Saul Rubinek) n’a droit qu’a des scènes fonctionnelles, au service du scénario. L’enfant (Aidan Gould) est un peu effacé, ses paroles sont parfois clichés et le jeune acteur donne l’impression de ne pas être au maximum de ses capacités.

Toute la seconde partie au Mexique est bancale. Le personnage de la mère disparaît de l’écran, la situation s’inverse, l’enfant kidnappé est enlevé à nouveau. Julia s’était attaché à l’enfant et devient symboliquement la mère, s’identifie à elle et découvre son instinct maternel. L’image de la femme, poignant dans la première partie, en décrivant le parcours de femmes modernes et seules, devient stéréotypé dans la seconde partie. Sa raison de vivre n’est plus dans l’indépendance financière et physique mais dans la consécration à l’enfant, sevrage symbolique. La première partie fait écho à l’intimisme de La vie rêvée des anges, alors que la deuxième partie plonge de plus en plus dans le spectaculaire et dans la mise sous tension de plus en plus forte du spectateur. Le scénario aussi perd en efficacité. Surprenant dans ses rebondissements de la première partie, il est de plus en plus improbable et l’action prend le dessus au détriment de la dimension psychologique.
Le sujet de Julia rend le film fort et prenant. La première partie est puissante, touchante et subtile. Cependant, la mise en scène est transparente, peu mise en avant au profit d’un scénario au départ très efficace puis lassant. L’intérêt de la seconde partie est difficile à cerner, autant au niveau scénaristique que scénique.