Promets-moi (Un film de Emir Kusturica)
Aller à la ville, vendre une vache, trouver une femme
Par Morgane Pichot, le 9 février 2008
Pour son neuvième film, Promets-moi, Emir Kusturica nous propose un récit initiatique dans la lignée de ses films précédents. Un adolescent de la campagne part en ville avec sa vache et promet à son grand-père de la vendre et de revenir avant sa mort avec l’icône de saint Nicolas et une femme. Le metteur en scène le résume ainsi : « C’est un film que l’on peut raconter en une phrase, comme un poème japonais : aller à la ville, vendre une vache, trouver une femme ». Le cinéaste aborde des thèmes tels que la dichotomie ville / campagne à travers son personnage principal, à la découverte du monde urbain, féminin et adulte.

Le film commence et se termine dans un village perdu au milieu des collines et des champs, entre-temps, le jeune protagoniste doit faire face aux vices de la ville pseudo occidentalisée : violence, prostitution…Tsane est un enfant endormi au début du film, réveillé un peu brutalement par son grand-père, avec des inventions farfelues qui rappellent Wallace et Gromit. Il est aussi très vite amené à sortir du monde enfantin et à prendre conscience de la dureté et de l’hypocrisie du monde adulte quand son école est fermée par les inspecteurs du ministère. Plus tard, un ami de son grand-père vient au village pour la castration de son taureau, le jeune garçon se demande ce que c’est et à quoi cela peut bien servir.

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Tout est bien différent à la fin, quand il rentre, il ne pense plus à son école mais à se marier. Il use lui-même de la castration pour se venger du maquereau qui veut prostituer sa dulcinée, Jasna. Cette séquence est précédée d’une référence à Taxi driver que les deux amoureux voient à la télévision. Comme Robert de Niro, Tsane sauvera sa chère et tendre de la prostitution, mais en procédant de manière moins anarchique que dans le film de Scorsese, avec ce qu’il a appris à la campagne. Promets-moi, derrière les frasques déjantées de son réalisateur, est bien un conte initiatique. Cependant, la ville est loin de représenter un cadre idyllique, et Kusturica dit lui-même : « La campagne a toujours été ce qui a permis à la Serbie de survivre (…) à la ville la plupart des gens n’ont pas cette dignité (…) ». Le monde urbain est comme un passage obligé, un rite d’initiation, dont Tsane]doit se sortir indemne.

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Ce film de Kusturica est à l’image des précédents, marqués par le contexte du pays, la musique entraînante et déjantée de l’orchestre, les couleurs vives et l’importance donnée à chaque détail, à chaque personnage, le ton légèrement provocateur. On regrette la spontanéité de ses premiers, heureusement ses acteurs non professionnels sont toujours aussi bons et entraînants. Mais toujours aussi inventif, le film présente des scènes remarquables d’humour et d’originalité : l’enfant qui se baigne dans le bassin au milieu des pommes flottantes, « l’homme-canon-ange gardien volant », la spirale anesthésiante, le croisement d’un mariage et d’un enterrement sur le même chemin…

Ça manque de surprises, on passe un bon moment devant cette comédie, mais avec un peu moins de magie que dans Le temps des gitans, et un peu moins de folie que dans Underground. Le cinéaste parle lui-même dans un entretien du problème que représente la technicité de plus en plus maîtrisée de ses films. On attend le prochain, Emir Kusturica annonce deux projets. Un premier sur le révolutionnaire méxicain Poncho Villa, un second sur un homme qui tue les nuages et change le climat… !

Images : © Mars Distribution






Auteur d’une performance exceptionnelle dans le nouveau film de P.T. Anderson, Paul Dano était jusqu’à aujourd’hui connu comme "celui qui ne parle pas dans Little miss sunshine". Il sera désormais le pasteur prêcheur de There will be blood. 5 autres grands personnages empreints "d’une certaine religiosité" :

  1. Robert Mitchum dans La nuit du chasseur
  2. Gérard Depardieu dans Sous le soleil de Satan
  3. Mel Gibson dans Signes
  4. Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction
  5. Jeremy Irons dans Mission


Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
- Le Ciné-Club de Caen

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