Retour sur deux films présentés à Annecy en ce début de Festival.Allez raconte ! de Jean-Christophe Roger (compétition long-métrage)

Laurent est un timide scénariste et un père de famille attentionné. Ses enfants l’inscrivent à un jeu télévisé, "Papa raconte", une compétition où il devra inventer des histoires. Terrorisé, il découvre par-dessus le marché qu’il va devoir y affronter Éric, son détestable collègue. Ce dernier le provoque : « Tu vas manger du sable ! ». Il réplique : « Et toi, tu vas sucer des oursins ! ».
Allez raconte ! est une suite de petits récits gentillets, de bonnes blagues et de références ironiques. Le graphisme correspond aux thèmes traités : simple, vif, géométrique et agréable. On ajoutera aussi une mention spéciale à Élie Semoun, qui offre au méchant Éric une voix nuancée et drôle. Mais le film reste seulement l’occasion de passer un bon moment en famille et ne suscite pas un grand engouement. Le scénario aurait pu aller plus loin dans le traitement des thèmes abordés (féminisme, racisme, valeurs familiales) et pèche par sa naïveté.
Metropia de Tarik Saleh

Le Suédois Tarik Saleh nous emporte dans un sombre futur. Les dirigeants de ce monde pas si lointain ont inventé un shampooing antipelliculaire permettant d’entrer dans la tête du bas peuple, de connaître leurs pensées et de leur en insuffler de nouvelles. À Stockholm, Roger entend la voix d’un étranger en lui et va tenter de s’en débarrasser.
Metropia est captivant, par l’univers que le réalisateur a subtilement construit. De la science-fiction, certes, mais ce triste décors à cours de ressources naturelles rejoint nos inquiétudes contemporaines. Quant à l’omnipotence gouvernementale, elle rappelle habilement l’ambiance oppressante de Fahrenheit 451 de Truffaut.
Metropia est envoutant, par le sens du détail et le réalisme de l’animation (mêlant éléments découpés, ordinateur 2D et photos). Paradoxalement, le film est beau tout en décrivant un monde qui ne l’est plus. De la poésie noire, soulignée par la mystérieuse voix de Vincent Gallo.