Douze après sa réalisation, Wong Kar Wai remasterise et remonte un de ses tous premiers films : Les cendres du temps. Un long-métrage à part dans sa filmographie, aux accents épiques sur fond de paysages désertiques, loin des grandes métropoles qu’il affectionne d’ordinaire. Le récit se divise en quatre chapitres selon le défilement des saisons, et entremele passion amoureuse et tuerie au sabre. On retrouve les thèmes chers au cinéastes : ardeur sentimentale, trahison, mélancolie, reflexion sur la mémoire, prémeditation meurtrière, remords…Pourtant, l’histoire en elle-même semble peu importante, tant elle est complexe et floue, dissimulée derrière la beauté photographique du film (déjà portée par le chef opérateur Christopher Doyle). Plus que de personnages, on assiste à la mise en lumière de visages et de paysages. Les cendres du temps s’apparente plus à une suite de tableaux, presque indépendants les uns des autres, ou à une exposition de photographies, plus qu’à un film de cinéma, surtout en ce qui concerne la première partie.

Il ne retrouve l’essence du septième art qu’au cours de ces quelques plans en ralenti, ou relatant de grandes scènes de combat. Quand le mouvement ressurgit, interne et/ou externe au cadre, le film prend alors une toute autre dimension et reconquiert un spectateur blasé et détaché par ces images qui semblaient se satisfaire d’être belles. D’autant plus que ses rares instants furtifs de cinéma sont bien plus representatifs de sa reflexion sur le temps, que ne peut l’etre un montage photographique…
Sans parler de la voix off, qui, bien qu’elle soit issue d’un personnage-narrateur (procédé qu’on retrouvera aussi plus tard), supporte bien plus le ton méditatif et contemplatif du film.
Les cendres du temps est un film majestueux. Métaphoriquement il porte bien son nom, Les cendres du temps se sont ces rarissimes plans en mouvement, (ceux de cinéma, art du temps), perçus entre les images photographiques, prises dans l’ardeur ésthetisante du film. Malheureusement, on y voit s’y profiler ce qu’on reprochera à certains de ses films, à savoir une approche plastique (beau travail du chef opérateur, athmosphère rendue par les teintes ocres, les ralentis…) au détriment de scénarios-pretextes.