A l’aventure est le dernier film en date du cinéaste français Jean-Claude Brisseau. Avec Les anges exterminateurs, nous pensions que le réalisateur avait réussi à atteindre un point d’orgue en ce qui concerne ses recherches sur le corps féminin et le désir. Notre copie est à corriger après la vision de son dernier film.A l’aventure est le genre d’œuvre que l’on pourrait qualifier de « film somme » dans le sens où il réunit toutes les composantes qui ont nourri l’imaginaire d’un cinéaste. La trame scénaristique est simple : Sandrine, une jeune cadre dynamique, décide de tout laisser tomber et de changer de vie. Son existence monotone ne lui suffit plus, elle ne ressent plus de désir. Elle le confie elle-même à son petit-ami en lui avouant se masturber chaque soir car il ne lui fait plus rien ressentir. Brisseau ne cherche pas à peindre d’arrière fond social et se concentre uniquement sur ce qui le tourmente depuis Choses secrètes, à savoir enregistrer le désir féminin sur le corps d’une femme. Brisseau est un des seuls cinéastes français qui osent parler du corps féminin dans sa forme la plus pur qu’elle soit. Quand des spectateurs choqués lui disent qu’il donne une mauvaise image de la femme, ce dernier répond simplement qu’il n’a rien inventé et que le désir est une matière qui nourrit chaque être. Chacun de ses plans, de ses séquences, de ses personnages sont des parcelles de la personnalité du réalisateur. Le personnage du chauffeur de taxi inculque au récit une pointe d’imaginaire et conte.

Il apparaît dans un premier temps comme l’esprit du personnage féminin pour nous être dévoilé au final comme étant également l’alter égo du cinéaste. Son discours scientifique tente de trouver une rationalité au monde à travers diverses théories. Sandrine, au contraire, tente de connaître le monde par le truchement du corps humain et du désir. L’être au monde, l’union du macro (le monde) et du micro (le corps humain) voilà les fondements de Jean-Claude Brisseau. Dans Un jeu brutal Bruno Crémer disait à sa fille handicapée : « Regarde la nature et simplifie ». Le récit est épuré pour laisser une plus grande place à la recherche du corps et du désir. Au fil des séquences, les êtres perdent de l’épaisseur jusqu’au moment où la caméra filme, sur le capot d’une voiture, la nature environnante. Seule la voix du chauffeur de taxi continue d’alimenter le plan. Disparition/apparition. Deux émotions nourrissent notre discours. Le premier consiste à penser que le réalisateur est parvenu à trouver une solution à la fusion du corps et de la nature avec cet arrêt sur image final, métaphore de l’alliance de l’infiniment grand et de l’infiniment petit. Le second est nourri par la finalité de l’aventure de Sandrine. La séquence finale nous dévoile la mise en image du désir de trois femmes. Seule, Sandrine assouvie ses désirs. Alors que depuis le début, celle-ci recherche un nouveau plaisir, le seul qu’elle puisse finir par trouver est un plaisir solitaire. Elle est désormais exclue de la sphère de la jouissance commune.
Le cinéma de Brisseau n’est pas uniquement composé d’un entrelacement de corps. Sa direction d’acteur vient buter contre le corps de ses sujets. Souvent, les phrases sont dures, sèches et la réalité n’en est que plus rigide. En parallèle, les corps se meuvent comme des danseurs, flottant de plans en plans, et brisant la collure du montage. A l’aventure ne sera ans doute pas le film qui réconciliera le réalisateur et le public malgré une recherche esthétique et créatrice encore trop peu visible chez nos cinéastes.