Sortie discrète et promotion au bouche à oreille pour Bons baisers de Bruges, réalisé par l’anglais Martin McDonagh. Il fait partie de ces films dont aucune tournure du synopsis ne permet de vraiment définir ce qui se passe à l’écran. Une histoire de règlements de compte et de principes, entre tueurs à gage et commanditaire, un drame simple et personnel à la fois.Les premières minutes sont très accrocheuses, avec une voix-off et une ambiance film noir qui happent subtilement et efficacement. On passe par différentes atmosphères : film de gangster, comédie, drame, romantisme…Loin des clichés qu’aurait facilement pu engendrer le scénario, Bons baisers de Bruges est avant tout un film que l’on sent désiré. Les personnages ont été écrit avec conviction, ils sont tous forts et typés, des principaux aux plus secondaires. De la place du caméraman, ni esthétisante ni banale, au choix du lieu et des décors, en passant par l’enchaînement des événements, tout est à la fois incongru et harmonieux. Un film inclassable, dont les scènes d’action ne sonnent pas américaines, dont l’humour noire ne sonne pas british et dont le jeu des acteurs ne sonne pas européen (acteurs britanniques, belges et français) !

Les sentiments et les comportements humains sont dépeints d’une manière nouvelle, incorrecte pour un cinéma classique, tant ils échappent aux stéréotypes et à la philosophie de comptoir. Quand Ray craque et déclare son envie de se suicider, il continue avec une blague des plus cyniques, en écho avec la fin qui dit en substance : « je préfère mourir que de rester à Bruges, ou peut-être pas en fait !!! » (ville que le personnage dénigre ironiquement depuis le début). Non pas que le film fuit devant la gravité de ce qu’il raconte, au contraire, il évite le tire-larme primaire et niais pour se donner plus d‘ampleur émotionnelle. Un humour à la fois très masculin et profond…et surtout rarement aussi bien traité, sans opportunisme.

Les acteurs (Colin Farrell, Brendan Gleeson, Ralph Fiennes, Clemence Poesy, Jeremie Renier…) sont tous très bons et soutiennent chaque scène, entre rires et désespoir, de ce film puissant et vivant. On regrette l’effet lassant et fatiguant sur la fin, avec des images de plus en plus « léchées » (scène finale dans le brouillard après une course-poursuite entre les colonnes de la vieille ville). Bons baisers de Bruges restera sans doute un des films les surprenants de l’année.