Après le flamboyant Oss 117 : Rio ne répond plus, une nouvelle bouffée d’air frais vient chahuter l’univers monotone de la comédie hexagonale : Les Beaux Gosses, qui, malgré maintes imperfections liées à son statut de premier métrage, se présente comme un film lucide et attachant sur le monde de l’adolescence en jonglant adroitement avec réalisme cruel et caricature assumée.Riad Sattouf, auteur et dessinateur du désormais célèbre "Retour au Collège", s’est spécialisé dans l’étude comportementale (et humoristique) du spécimen adolescent en conjuguant ses propres souvenirs (apparemment déplorables) avec la vision et le recul qu’il a des jeunes d’aujourd’hui. L’adaptation de cet univers au cinéma prenait ainsi le risque d’accoucher d’un métrage sans scénario affublé d’une esthétique peu ragoutante (il faut voir les tronches d’ados qu’affectionne Sattouf). Heureusement, et même étonnamment, tout ou presque fonctionne dans Les Beaux Gosses notamment cette absence d’enjeu narratif majeur grâce à une galerie de personnages très ludiques.
Le film s’articule autour d’Hervé, adolescent de 14 ans, loser du quotidien qui vit seul avec sa mère dépressive et envahissante. Son meilleur ami, Camel, aussi obsédé par les filles qu’impuissant à sortir avec, va être le spectateur d’un évènement inattendu. Aurore, une jeune fille populaire, commence à s’intéresser à Hervé qui se révèle bien sûr incapable de concrétiser les phases les plus élémentaires de la séduction. Autour du trio gravite évidemment tout le petit microcosme du collège, les grosses brutes, les victimes, les profs etc… Pour représenter tout cela à l’écran, Sattouf s’entoure d’un casting d’inconnus et parfois même de débutants, à l’exception d’Emmanuelle Devos qui semble se délecter de son rôle de directrice à l’autorité glaciale, et de Noémie Lvovsky, géniale mère de Hervé. Les Beaux Gosses prend ainsi le contre-pied absolu des comédies françaises lambdas où le moindre petit rôle est attribué à un comique de Canal Plus. Ici, le spectateur découvre un festival de « gueules » inédites qui donne un réel cachet à l’univers et met bien sûr en évidence toutes les tares physiques de cette glorieuse période qu’est l’adolescence dans un festival d’acné et de coupes de cheveux absurdes.
Malgré une mise en scène un peu limitée, le film de Sattouf ne tombe pas dans les travers du téléfilm lénifiant grâce à un humour très acide, toujours au détriment des protagonistes. Le réalisateur à en effet cette intelligence d’observer le microcosme scolaire comme une ébauche appuyée de la société des adultes, dépeinte en filigrane à travers les parents et les professeurs. Et si Les Beaux Gosses tape souvent en dessous de la ceinture, c’est pour mieux s’intéresser à la frustration aussi pathétique qu’envahissante des différents personnages. Hervé n’est pas juste un gentil benêt maladroit et lorsqu’une jeune fille au physique ingrat vient lui déclarer sa flamme, il la renvoie paître d’une manière aussi humiliante que celle qu’il subit au quotidien, car c’est un personnage avant tout stupide mais qui reste attachant par ses faiblesses.
L’humour véhiculé par Sattouf, à la fois léger et crispant (toutes les scènes avec la mère d’Hervé) témoigne d’un réel travail d’écriture, perceptible dans la multitude de détails qui atténuent le réalisme du film pour faire ressortir le côté BD (quid du distributeur de bananes, de l’accident de gym etc. ?). La bande son elle-même, aux accents électro, donne un supplément de personnalité au métrage tout en évitant les poncifs de la comédie teenage. A l’opposé de Lol, le réalisateur se garde bien de montrer ses ados utiliser Msn ou le tout dernier I-Pod afin d’injecter une intemporalité fédératrice à son film. Car Les Beaux Gosses se destine davantage aux ex-ados de tous âges plutôt qu’aux clones d’Hervé et Camel, le film n’étant pas très aimable avec eux. Dommage cependant que le rythme de l’ensemble soit un peu amoindri par quelques redondances (les scènes de masturbations à répétition) ou certains raccourcis narratifs comme l’attirance d’Aurore pour Hervé (on ne sait pas trop ce qui la motive finalement). Mais encore une fois la fraîcheur et l’honnêteté du film l’emportent habilement, vu la difficulté du sujet, en faisant des Beaux Gosses un Supergrave à la française inattendu.