« Attention chef d’œuvre ! » s’exclament certains critiques à l’égard de There will be blood, dernier film très attendu de Paul Thomas Anderson (réalisateur entre autres de Magnolia et Punch-drunk love), avec un golden globes et un oscar du meilleur acteur pour Daniel Day-Lewis (huit nominations aux oscars). Film-fresque, qui raconte à travers l’histoire d’un homme, la découverte et la course à l’or noir à la fin du dix-neuvième siècle et au début du vingtième, rappelant les grands films classiques, les épopées retraçant les grands mouvements de l’histoire américaine (Il était une fois en Amérique de Sergio Leone en 1984...).Le pétrole, devenu symbole du capitalisme, mesure d’évaluation de l’état de la bourse mondiale et mesure d’appréciation des relations internationales entre occident et orient, sert de motif central à ce film. Replacé dans son contexte originel, et dans le cadre d’une histoire individuelle, l’or noir devient leitmotiv, intra et extra diégètique. Autour de lui, les oppositions s’amplifient, entre les exploitants et les exploités, les profiteurs et les victimes, les valeurs marchandes et les valeurs spirituelles et familiales…

Daniel a déjà trois puits lorsqu’il est invité en Californie à investir dans une petite ville, concentrée d’Amérique profonde du début du siècle à elle seule. Il rachète les terrains et par la même occasion ses habitants, qui deviendront ses ouvriers, promettant en échange travail et participation financière à la construction et à l’entretien de l’église locale (« l’église de la troisième révélation », tout un programme). Mais lui-même n’est pas croyant, ses engagements ne sont respectés que s’ils servent ses intérêts. Petit à petit, ses relations avec les villageois, et notamment le prêtre autoproclamé, jeune charlatan envoûteur et beau parleur, magnifiquement interprété par Paul Dano (qu’on retrouve avec plaisir après son rôle dans Little miss sunshine, s’enveniment avec la progression de sa fortune et de ses ambitions. Son fils, H.W, prunelle de ses yeux au début du film, devient sourd et rebelle après l’explosion d’un des forages. Daniel l’abandonnera, le récupérera puis le reniera au final pour « trahison commerciale et concurrentielle » ! C’est donc un personnage profond, complexe et anti-manichéen que propose Paul Thomas Anderson ; son génie vient aussi de sa maîtrise dans le dessein de personnages secondaires, voire figuratifs (le fils d’un des propriétaires terriens, qui apparaît deux minutes dans le film, et même le paysage, au même titre entre autres que No country for old men des Coen ou Into the wild de Sean Penn dernièrement) très travaillés, qui répondent et participent à la caractérisation du personnage central.

Malgré quelques longueurs au début, avec un prologue qui peine à situer son action, There will be blood se bonifie dans la durée, car la beauté de ce film, essentiellement épique, tient dans sa maîtrise à dépeindre l’Histoire et l’histoire dans son évolution. Certains regretteront des histoires annexes, comme celle du faux-frère, qui peuvent, à certains égards, ralentir et parasiter parfois l’essentiel du film. La scène de l’explosion et de l’incendie du forage est splendide et à revoir encore et encore. Le cinéaste fait un travail époustouflant avec les points de vue, la profondeur de champ et le son (avec notamment l’assourdissement de l’enfant et les bruitages « à la casserole » chers au cinéaste). There will be blood est un beau film, la photographie est magnifique, les acteurs sont excellents et le final est renversant.