Philippe et Muriel sont agents secrets, et amants. Ils enquêtent sur Constance, la femme d’un riche homme d’affaire qui détiendrait une clé usb aux données très précieuses. C’est dans un cours de chant lyrique qu’ils retrouveront leur cible, au milieu d’autres espions eux aussi prêts à tout pour mettre la main sur ce qui s’avérera être un beau MacGuffin...D’un tel imbroglio scénaristique, Ilan Duran Cohen tire une comédie policière déjantée et dérangée, profondément atypique dans le paysage cinématographique français, mais malheureusement décevante, parce que trop engagée sur le terrain glissant de l’excentricité. On rappellera à Ilan Duran Cohen que rares sont les films à tenir la distance sur un tel parti pris. Son film ne fait pas exception, lassant très vite de n’offrir rien d’autre au spectateur que la folie de ses personnages marginaux perdus dans une intrigue à peine esquissée qui se résume finalement à une grande partie de cache-cache et de menteur-menteur.

Si l’on utilise trop souvent l’expression "ce film a les défauts de ses qualités", Le Plaisir de chanter en est pourtant la parfaite illustration. Les personnages sont autant superficiels que bourrés de complexes et de contradictions. On s’y attache malgré leur manque évident de profondeur. Ilan Duran Cohen s’amuse avec des situations dont le potentiel comique est toujours bien utilisé. Les dialogues bien ciselés, à défaut de crédibiliser l’ensemble, engagent le métrage sur le chemin d’une comédie foutraque et légère, plaisante et parfois même irrésistible. Incontestablement, le cinéaste possède un univers. Ses personnages sont comme des pions qu’il aime à déplacer contre toute logique de scénario, au sein d’une intrigue finalement peu importante.
On comprend donc très vite que l’essentiel ici, réside dans l’éphémère comique (ou sérieux) de la situation. Le Plaisir de chanter n’est pas un film à sketches, mais il garde tout de même de ce procédé l’idée d’offrir au spectateur une enfilade de répliques chocs et de situations troublantes. A cet égard, le long métrage fait office de cabinet de curiosités, accumulant les corps nus, les scènes de sexe (entre femmes, entre hommes, entre homme et femme), les séquences de chant lyrique, et les personnages décalés exposés tels des freaks en cage. Le caractère volage et déjanté de Constance (Jeanne Balibar) transparaît dans chaque scène où elle est présente, de même que les relations professionnelles et sexuelles des agents Muriel (Marina Foïs) et Philippe (Lorant Deutsch) ne peuvent s’exprimer autrement que par l’opposition et le questionnement, histoire de souligner un peu plus l’absurdité recherchée du et par le récit.

Malgré la bonne tenue de l’interprétation (mention spéciale aux seconds rôles), on accroche difficilement à ce projet qui fait mine de ne pas être un film comme les autres. Si le dépaysement programmé est bien effectif à l’écran, il s’impose également comme la principale limite à notre envie de pleinement adhérer à ce projet trop foutraque...