Soyez sympas, rembobinez (Un film de Michel Gondry)
Candeur et naïveté au pays de la VHS
Par Julien Hairault, le 9 mars 2008
Avec Soyez sympas, rembobinez, Michel Gondry développe encore un peu plus l’univers enfantin qu’il explorait déjà dans La Science des rêves, sans pour autant tirer profit de son retour aux Etats-Unis et de l’implication à ses cotés du génial Jack Black et d’une idée de départ alléchante : où comment deux illuminés, Jerry (J. Black) et Mike (Mos Def), « remakent » des classiques du cinéma populaire américain pour les louer dans un vidéo-club après que les films originaux aient été effacés de leur bande, démagnétisés par le premier des deux joyeux compères. Autour de cette entreprise de fabrication de home-movies, se greffe une histoire de sauvetage de l’immeuble qui habrite le vidéo-club dirigé par le vieux Monsieur Fletcher (Danny Glover), figure de la ville de Passaic dans la banlieue de New-York.

Soyez sympas, rembobinez, laide traduction de Be Kind Rewind, l’expression utilisée par les loueurs de vidéos américains pour que les clients rembobinent les films avant de les retourner au magasin, est un film une nouvelle fois décevant de la part d’un réalisateur talentueux mais qui s’obstine à enfermer ses oeuvres dans un univers enfantin difficilement appréciable au premier degré. Le principal discours du cinquième film de Gondry met en avant l’opposition du cinéma commercial contemporain symbolisé par le grand vidéo-club West Videos, uniquement fournit en Dvd, et dont l’offre ne propose que de nombreux exemplaires des titres les plus vendeurs, et le petit commerce Be Kind Rewind qui loue à la journée et pour un dollar seulement des VHS usagées. D’un coté des vendeurs incultes « uniformisés », de l’autre des passionnés qui vont bientôt franchir le pas de la création pour réparer l’improbable démagnétisation des K7 vidéos. La simplicité affichée de ce discours convenu sur l’état actuel du cinéma et sa consommation fait du bien à une époque où une certaine forme d’indépendance cinématographique disparaît. Que ce témoignage passe par des péripéties que l’on croirait tout droit sorties d’un conte pour enfants est toutefois plus dommageable. L’apparition vingt minutes avant la fin du film de Mrs Lawson (Sigourney Weaver), représentante des studios venue détruire le stock des vidéos « suédées » (c’est le terme utilisé par Jerry et Mike pour décrire leurs remakes) pour des questions de droits d’auteur, ne possède qu’un sens uniquement narratif dont le premier objectif est de rallonger la durée du film, et dont le second est de rendre encore plus sympathique la démarche des héros du film, supportés depuis leur début par les habitants du quartier, véritable microcosme américain en ce qu’il met en scène une variété de personnages extrêmement large.

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A l’image de La Science des rêves et de sa naïveté exagérée, Soyez sympas, rembobinez a comme défaut principal un scénario trop léger qui ne tient qu’à un fil, sans cesse relancé par des rebondissements grossiers et déjà vus. Que dire du final larmoyant sur la séance de quartier organisée autour du film tourné par les habitants de celui-ci, alors que dehors des ouvriers attendent l’ordre de détruire le bâtiment vétuste. Michel Gondry ne s’épargne aucune lourdeur du genre pour appuyer son discours protecteur d’un cinéma artisanal, amateur et bricoleur. Si l’intention est louable et doit être félicitée, la réalisation pêche toujours autant par trop de bons sentiments et une légèreté de ton naïve sur un sujet déjà traité de nombreuses fois ailleurs.

Pourtant, les meilleurs moments de Soyez sympas, rembobinez sont les passages les plus régressifs du film, ceux-là même pour lesquels on s’est déplacé, et qui correspondent aux tournages des remakes par Jerry et Mike de films comme SOS Fantômes, Rush Hour 2, Le Roi Lion ou Robocop. C’est dans ces scènes que la créativité et le talent de Michel Gondry s’expriment le plus, elles renvoient d’ailleurs directement à son activité de clippeur hors norme. On se souvient que déjà lors de la sortie de La Science des rêves, on avait souligné que le réalisateur n’était jamais aussi bon que sur les formes courtes, celles qui n’ont pas vraiment besoin d’histoires pour exister. Ici, on se délecte de voir les excellents Jack Black (définitivement l’un des meilleurs acteurs comiques américains du moment) et Mos Def refairent avec deux bouts de ficelle et beaucoup d’inventivité des films cultes. On retiendra en particulier leur reprise de Rush Hour 2, dans laquelle Jack Black imite à sa manière, yeux plissés, Jackie Chan, dans ce qui reste la scène la plus drôle du film. Plus tard, quand leur « entreprise » marchera à plein régime avec l’aide des voisins et amis, Gondry s’essaiera avec réussite à un tour de passe-passe rappelant ses meilleurs clips, et dans lequel les micro-scènes de remakes s’enchaînent dans un même plan où la caméra passe d’un décors à un autre, de 2001, L’Odyssée de l’espace aux Parapluies de Cherbourg en passant par King Kong et Carrie. Soyez sympas, rembobinez aurait gagné à se porter plus sur les films « suédés » que sur l’histoire pleine de candeur d’un quartier qui tente de sauver un vieux vidéo-club.

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Les films « suédés » permettent à Gondry de porter un vrai discours sur le cinéma et la culture contemporaine. En opposant dans son film deux acteurs de la nouvelle génération qui sont aussi deux musiciens professionnels (Jack Black jouant dans le duo rock Tenacious D et Mos Def ayant depuis longtemps fait ses preuves sur la scène hip-hop US) à des acteurs plus vieux qui ont marqué l’histoire du cinéma (Danny Glover, Mia Farrow et Sigourney Weaver), Michel Gondry met en scène son propre travail de réécriture moderne des codes et mythes de son pays d’adoption en s’ouvrant vers d’autres modes d’expression comme le home-movie ou la musique. La meilleure idée de Soyez sympas, rembobinez, bien qu’indépendante de son scénario, est de proposer une relecture de films plus ou moins vieux, avec de bonnes idées de mise en scène et de trucages, et un exceptionnel Jack Black, dont le talent n’est malheureusement pas assez utilisé étant donné que le scénario n’accorde pas assez de place à ces films dans le film. De là à dire que le nouveau film de Gondry rate encore une fois le coche, il n’y a qu’un pas, que l’on franchira aisément au regard de la candeur d’un film inoffensif, sauvé uniquement par cette très bonne trouvaille de scénario sous-exploitée.

- Lire l’analyse critique de La science des rêves

Images : © EuropaCorp Distribution






Auteur d’une performance exceptionnelle dans le nouveau film de P.T. Anderson, Paul Dano était jusqu’à aujourd’hui connu comme "celui qui ne parle pas dans Little miss sunshine". Il sera désormais le pasteur prêcheur de There will be blood. 5 autres grands personnages empreints "d’une certaine religiosité" :

  1. Robert Mitchum dans La nuit du chasseur
  2. Gérard Depardieu dans Sous le soleil de Satan
  3. Mel Gibson dans Signes
  4. Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction
  5. Jeremy Irons dans Mission


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