Pirates des Caraïbes 2, le secret du coffre maudit (Un film de Gore Verbinski)
Caribbean Theme Park
Par Julien Hairault, le 16 août 2006 2006
Le deuxième volet de la franchise à succès Pirates des Caraïbes met en scène un Jack Sparrow (Johnny Depp) aux prises avec le maléfique Davy Jones, commandant du célèbre Hollandais Volant. Dans le même temps, Will Turner (Orlando Bloom) et Elizabeth (Keira Knightley) tentent de se sauver d’une condamnation à mort en se mêlant à la bataille.

Alors que le premier opus peinait à nous présenter intrigue et personnages en mêlant maladroitement longues scènes dialoguées et passages mouvementés, Le secret du coffre maudit se révèle être une surprenante réussite qui rappelle le mode de production du cinéma classique hollywoodien des années 30 et 40. En premier lieu, on se réjouira d’une mise en scène impersonnelle au service d’une œuvre collective dominée par le puissant Jerry Brukheimer et les studios Disney (qui à la suite du succès du premier épisode, ont signé pour deux films supplémentaires).

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Uniquement dévoué à des films de commandes honnêtes (The Ring, la franchise Pirates des Caraïbes), le plan de carrière de Gore Verbinski lui permettra sans doute de durer dans le métier tant qu’il continuera de se soumettre de la sorte à la loi des studios. Loi des studios qui comme au milieu du siècle dernier, permet ici de tirer le meilleur d’un projet qui ne rate à aucun moment l’occasion de réjouir le public, ce qui est par ailleurs son unique objectif.

Mis à part le Mission : Impossible 3 de J. J. Abrams, qui réussissait lui aussi le tour de force de mettre le grand public dans sa poche grace à la mise en scène effrénée et dépourvue de réflexion du créateur d’Alias et de Lost, il y avait bien longtemps qu’un blockbuster hollywoodien ne nous avait pas autant réjouit au regard de sa simple dimension spectaculaire (King Kong ou encore La guerre des mondes proposaient en plus des discours sur le cinéma et l’Histoire récente). En quelques séquences d’exposition qui expédient rapidement l’histoire de ce deuxième volet, on se rend bien compte que l’essentiel n’est pas là, et que l’abondance de situations complexes et contradictoires sert avant tout à amuser la galerie.

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Le secret du coffre maudit renoue avec l’essence même du blockbuster estival, à une époque où trop nombreux sont les gros films à se fourvoyer dans une quelconque mode de prêt à filmer ou de prêt à penser (Bryan Singer ayant prouver avec Superman Returns que les plus gros projets souffrent souvent d’un manque cruel de caractère, d’audace, et de renouvellement des codes du genre). Il y a dans ce deuxième volet des aventures de Jack Sparrow, une envie d’aller jusqu’au bout de l’ambition première de la franchise : adapter au cinéma une attraction d’un parc de loisirs Disney. Il n’y aurait qu’un pas à faire pour dire que le spectateur du film se retrouve dans la même situation qu’un visiteur de train fou scotché à son siège et totalement passif devant ce qu’on veut bien lui montrer.

Cette connexion entre deux situations spectatorielles différentes existe bel et bien dans Le secret du coffre maudit, mais la passivité assumée du spectateur n’est paradoxalement pas un élément qui nuit à l’appréciation du film. Certes, on ne nous propose rien de plus qu’une succession de tableaux où les personnages se retrouvent dans des situations différentes et cocasses (Sparrow prêt à se faire rôtir par des cannibales, Will Turner et Norrington en plein duel coincés dans une grande roue qui dévale les pentes, Elizabeth s’engageant sur un navire en se faisant passer pour un homme), mais c’est justement ce renouvellement de scène en scène qui fait la force du projet. Pour en finir avec la métaphore du parc d’attraction visité pendant plus de deux heures, on n’aurait pas de mal à dire que chaque nouvelle séquence correspond à un nouveau manège tout aussi efficace que le précédent, formant un ensemble cohérent et complémentaire, rassasiant le visiteur sur différents niveaux : humour, frissons, action pure... au travers des décors somptueux et exotiques qui rappellent les meilleurs films de pirates (La flibustière des Antilles de Jacques Tourneur).

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Dans ces montagnes russes, Johnny Depp fait se rapprocher son personnage avec celui de Las Vegas Parano, déambulations alcooliques, phrasé hésitant et parfois incohérent... Il laisse surtout un peu plus de place aux autres personnages, permettant ainsi à Orlando Bloom de faire jeu égal avec lui pour nous faire oublier ses ternes prestations dans Troie et Kingdom of Heaven, comme si au fond aucune tête ne devait sortir du lot pour déstabiliser la cohérence du tout. Les acteurs profitent aussi de trouvailles scénaristiques originales, et qui témoignent de la bonne santé des scénaristes du film, capables de tisser une histoire cohérente bien que longue et parcourue par de nombreux protagonistes. Maquillage et décors donnent à l’image l’occasion de nous jouer des tours, pour un amusement uniquement immédiat qui participe à la bonne humeur générale et au ton bon enfant d’un film avant tout familial (des yeux peints sur les paupières de Depp font un effet certain quand l’acteur ouvre les yeux). Que dire enfin du twist final qui énonce le propos du troisième volet de la série, et qui donne littéralement envie de poursuivre l’aventure, comme la sensationnelle dernière réplique du premier Kill Bill nous avait laissé bouches bées et rêveurs quant au dénouement du fameux diptyque de Tarantino.

Le secret du coffre maudit n’a pas l’intention d’être le film de l’année, ni même un film mémorable qui fera date, ce qu’il n’est pas par ailleurs. Mais dans une année 2006 où le cinéma hollywoodien n’est intéressant que quand il nous parle de son époque, la fraîcheur de cette aventure haute en couleurs, terriblement efficace et qui ne se prend pas au sérieux, fait un bien fou en attendant la rentrée où les films cannois seront de sortie. Face à une concurrence qui rivalise de médiocrité sur un créneau où pourtant le spectateur n’est pas exigent, Pirates des Caraïbes, grace à ce deuxième film, s’impose comme une franchise modèle par le sérieux avec lequel elle respecte son public tout en faisant preuve d’originalité, de renouvellement, et surtout, d’un grain de folie qui lui est propre et qui lui permet de tenir la distance sur près de deux heures trente minutes de film sans jamais faire naître le moindre ennui.

Images : © Buena Vista International






Le 25 mai prochain, après une compétition d’une dizaine de jours, le jury du 61ème Festival de Cannes présidé par Sean Penn, décernera la tant attendue Palme d’Or au meilleur film de la sélection. En attendant d’en savoir plus, la rédaction de Fin de Séance vous livre ses cinq oeuvres palmées préférées :

  1. Pulp Fiction de Quentin Tarantino
  2. Taxi Driver de Martin Scorsese
  3. Elephant de Gus Van Sant
  4. Barton Fink de Joel & Ethan Coen
  5. Apocalypse Now de Francis Ford Coppola


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