La Domination masculine (Un film de Patric Jean)
Cher Phallus
Par Morgane Pichot, le 3 janvier 2010
Aujourd’hui, qu’en est-il de la place de la femme dans la société occidentale, 40 ans après 69, 30 ans après la vague féministe ? La femme moderne a acquis de nombreuses libertés (droit de vote et de compte en banque dans les années 40, droit de travailler librement, droit à l’avortement dans les années 80...). Mais Patric Jean démontre qu’en réalité il n’est plus question aujourd’hui de droits, mais de quelque chose de bien plus abstrait, de quotidien, de sous-jasent : la considération.

Pèle-mêle, La Domination masculine présente les différentes formes d’expression de la domination masculine qui persiste donc aujourd’hui : dans l’espace public, inégalités face au travail (chômage qui touche plus les femmes, salaires plus bas) et sous-représentation dans les hautes sphères (monde politique, financier et intellectuel) ; et dans l’espace privé, conditionnement dès l’enfance et violence conjugale. Si le film tente d’en expliquer les raisons par l’ancrage dans l’inconscient collectif d’un « mythe Phallus », hérité de l’histoire théologique et sociale, il échoue cependant a démontrer les vrais enjeux et les vraies questions qui se posent a ce sujet dans le monde contemporain.

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Car en réalité, on n’apprend pas grand-chose, bien évidemment les femmes battues, les abus sexuels et les salaires plus bas sont intolérables, mais ça personne ne viendrait le remettre en cause. D’autres pistes, juste exposées auraient mérité d’être approfondies : la connotation péjorative de la notion de féminisme aujourd’hui, le retour à certains vieux idéaux et à des valeurs conservatrices qu’on pensait avoir suffisamment écartées (la femme à la maison...), la tolérance vis-a-vis du conditionnement de la petite fille (une séquence montre bien que le choix pour la petite fille est simple : jeux de princesse et jeux de ménagère... mais pourquoi ne pas ne pas se poser la question de savoir pourquoi les mères laissent faire ça ?). Considération et respect donc, mais presque rien sur des aberrations ancrées qu’on ne s’en aperçoit même plus : par exemple la femme prend toujours le nom de son époux quand elle se marie (idée d’appartenance et d’identité dépendante de l’homme)...

Le film est trop confus, et multiplie excessivement les témoignages et les contextes pour qu’apparaissent les véritables problèmes : les idées reçues et les automatismes sexistes persistants donc, mais aussi le fait que les femmes « modernes » ont tendance à se contenter de ce qu’elles ont, à ne plus oser élever la voix, ce « ressac » dont parle le groupe d’intellectuelles et féministes québecoises. Exemples : c’est sur le ton de l’humour ou de l’anecdote qu’on parle encore de la répartition inégale des taches ménagères, les jeunes célibataires déblatèrent lors des speed-dating (scène très pertinente) un discours hallucinant (en substance « je cherche un homme fort, protecteur et un peu jaloux, qui gagne plus d’argent... » Qu’elles le pensent vraiment, que ce soit une démarche plus ou moins consciente de séduction, ou que ce soit totalement issu du conditionnement social, la régression, un demi-siècle après Simone de Beauvoir, est flagrante).

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Certaines séquences du film sont intéressantes, les témoignages de la strip-teaseuse, du mari violent, de la coiffeuse battue, mais globalement le film ne répond à rien et surtout ose peu (rien sur la question de la burqa dans nos démocraties occidentales). Il y a encore des progrès à faire et des petits détails à réaliser : l’homme peut uriner assis. Simone de Beauvoir voyait, dans l’apprentissage à uriner debout des petits garçons et la qualification de « pisseuse » des petites filles (autrement dit celle qui s’incline parce qu’elle n’a pas de pénis) l’un des prémisses au conditionnement et à l’inégalité. A ma connaissance seule l’Allemagne a osé à l’heure actuelle la création d’un panneau interdisant à l’homme d’uriner debout dans certains toilettes publics...

Images : © UGC Distribution






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
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