Film sympathique, Jeux de dupes part d’une rencontre entre un vieux kamikaze du football américain et une journaliste trop libérée en son temps, pour raconter en filigrane trois histoires, la grande avec le contexte de l’après première guerre mondiale des années 20, celle des origines du football américain et celle des débuts du cinéma de studios. Troisième film de Georges Clooney, après Confessions d’un homme dangereux et Good night and good luck, il forme presque un diptyque avec le second tant les échos esthétiques et thématiques sont évidents.L’acteur-cinéaste est à l’honneur, on retrouve ses mimiques et les expressions de ses rôles dans O’Brother et Intolerable cruauté des frères Coen. Son personnage Dodge Connolly, c’est un ton ironique, enjoué, et une gymnastique du visage à la Carey. Mais à force la légèreté fatigue, ennuie, le scénario est prévisible. On ne retrouve pas le ton engagé des films les plus récents qu’il a réalisé, produit ou pour lesquels il a joué. Hormis, dans une scène de bar au cours de laquelle une phrase rappelle la situation en Irak, on connaît l’engagement du cinéaste, c’est un peu trop flagrant, de moins en moins subtil. A l’image du sport qui perd de sa splendeur et de son intérêt en étant règlementé, le film est une éternelle récréation entre jeux sur le terrain, bagarres dans les bars, et joutes verbales. Le troisième film de Clooney est drôle ; un peu, beaucoup, mais pas à l’infini. Parce qu’ici le ton ironique se suffit à lui-même, ne renforce pas un discours engagé, mais dissimule plutôt un scénario un peu insuffisant et une mise en scène inégale qui manque d’audace.

Après le noir et blanc de The Good German de Steven Soderbergh en 2007 et de Good Night and Good Luck deux ans plus tôt, le cinéaste penche cette fois-ci pour une teinte plus ocre, vers le sépia, un autre type de carte postale plus proche de Jean-Pierre Jeunet, avec ses Fabuleux destin d’Amélie Poulain et Un long dimanche de fiançailles. Une image années 20 pour un film fixé à cette époque : la scène du baiser rappelle celles des grands films de genre hollywoodien, avec le rythme et la coupe de cheveux de la charmante et tonitruante Lexie Littleton (Renée Zellweger). Une atmosphère qui résonne parfois avec Aviator de Martin Scorsese (2005). Le personnage du lieutenant, le faux témoin, s’appelle Mack Steiner, même nom de famille et même prononciation que pour Max Steiner (surtout que l‘acteur s’appelle dans la vie Max Casella !), le célèbre compositeur des plus grands films de genre des studios, notamment ceux de Curtiz (Casablanca), Le grand sommeil de Hawks, Autant en emporte le vent de Fleming, La prisonnière du désert de John Ford…) Bref, un nom qui résume à lui seul toute l’histoire du cinéma classique américain !

Un humour décalé divertissant pour ce film profondément américain, bourré de références, volontaires ou non. Dommage qu’il n’égale pas ceux de ces modèles et comparses, malgré le jeu réussi et plein de panache de bout en bout de tous les acteurs : Keith Loneker (Big Gus), John Krasinski (Carter Rutherford)…Le milieu du journalisme et la défense de la liberté d’expression reviennent sur leur versant plus superficiels après Good night and good luck, définitivement plus satisfaisant.
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