Compte-rendu sur le film d’ouverture "Beyond The Years" d’Im Kwon-Taek
Par Anthony Boscher, le 13 mars 2008 2008 - hiver - 23:01
Un maître du chant traditionnel coréen enseigne son art à sa fille adoptive et le tambour à son fils adoptif. Ce dernier, ne supportant plus ses exigences, décide de s’enfuir loin de ce père et de sa sœur.

Beyond The Years est le 100ème film réalisé par Im Kwon-Taek. Pour ce 100ème long-métrage, le réalisateur a décidé de remettre en scène un film qu’il a réalisé en 1993 : La chanteuse de Pansori. Il faut tout de même prendre quelques précautions lorsque nous disons « remettre en scène » puisqu’en fait, le réalisateur a plutôt pris la matière présente dans son précèdent film pour en développer un autre aspect dans son nouveau film. En effet, La chanteuse de Pansori se basait sur la relation que pouvait entretenir le père avec ses enfants. De plus, la relation entre le père et la fille s’arrêter seulement à des considérations filiales et non sentimentales. Cependant, dans Beyond The Years, Im Kwon-Taek met l’accent non pas sur la relation entre le père et son fils mais entre la sœur et le frère.

Pour bien saisir dans quel esprit se construit le film, nous allons de voir et de comprendre quelles sont les modifications qu’a pu apporter le réalisateur dans le film et comment cela se traduit-il d’un point de la mise en scène.

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Dans La chanteuse de Pansori, le père avait un côté plus dramatique avec son penchant pour l’alcool et cette volonté de conservation de cet art qu’est le Pansori à travers le chant de sa fille. Ce film traité plus en profondeur le rapport entre le passé et la modernité avec cette envie de conserver le passé et de refuser la modernité avec cette scène ou le père parle de musique contemporaine avec son ami peintre ou il lui dit que ce n’est que de la musique de « Yankee ». La chanteuse de Pansori avait pour résolution de faire comprendre que l’art du Pansori était en art en perdition et qu’il fallait à tout prix perpétuer cette tradition de chanteurs. Le personnage du frère, quand à lui, incarnait cette modernité et cette volonté d’évoluer dans un monde autre que celui qu’avait crée son père c’est à dire le passé et les traditions. Sa sœur, par le truchement de son père, n’était destiné qu’à errer dans un monde empreint de traditions et ne pouvait à s’épanouir complètement. L’acte d’épanouissement s’effectue à deux stades différents : le frère s’épanoui dans la sphère moderne par sa volonté de trouver un travail et de fonder une famille quand à sa sœur, elle évolue, non pas dans la sphère moderne, mais dans une sphère plus spirituelle à travers le chant.

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Beyond The Years quand à lui ne traite pas les thèmes même si le sujet du film et le même. En effet, le réalisateur à expliquer de manière rapide et claire la situation des personnages avec le traitement de la figure du père tyrannique mais tout de même moins dramatique que dans La chanteuse de Pansori. Ensuite le film prend un autre tournant, puisque nous allons assister à la fuite du frère qui va effectuer son service militaire et qui va commencer la recherche de sa sœur. Alors que dans La chanteuse de Pansori la retrouvaille s’effectuer par le chant et par les sons des tambours, dans Beyond the Years nous assistons à plusieurs retrouvailles. En effet, le thème ici n’est pas les retrouvailles d’un frère et d’une sœur mais plutôt la relation qu’ils peuvent entretenir ensemble. Contrairement à son autre film, Im Kwon-Taek a mis en avant une relation non pas filiale mais sentimentale. En effet, pendant son service militaire, le frère fabrique une bague à sa sœur qu’elle mettra par la suite à son doigt telle une alliance. De plus ce dernier fabriquera une maison uniquement pour sa sœur pour qu’elle puisse chanter mais également instruire son art à des disciples. Nous assistons également à quelques plans furtifs dans le film qui explicite de manière claire la relation que peut avoir ce frère et cette sœur. En effet, lorsque Song-oh arrive chez sa sœur avant son départ au Moyen-Orient, nous assistons à une scène de retrouvaille et de dîner ordinaire. Cependant la scène suivante et de manière discrète inculque au film une autre dimension. Nous avons un plan sur le visage du frère qui amène un contre-champ rapide sur la main de sa sœur portant la bague à son doigt qui cache ses pieds avec sa robe. La dimension érotique prend tout son sens ici et explique de manière très simple et rapide la relation qu’entretiennent le frère et la sœur.

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La relation qu’entretenaient le frère et la sœur dans La chanteuse de Pansori était une relation qui prenait forme avec la musique. Chacun avait sa part de composition dans le chant l’un au tambour et l’autre au chant, nous pouvions donc assister à une sorte de communion, de fusion via l’art du Pansori entre les deux personnages. Dans Beyond The Years, la fusion s’effectue à travers le chant mais à un degré supérieur. En effet, alors que dans le premier film le frère jouait du tambour pour accompagner sa sœur, ici la fusion s’effectuera par le langage du corps. Vers la fin du film, nous assistons à une scène très poétique ou le frère et la sœur sont assis dans l’immensité du paysage coréen et nous observons le chant de Songwha. Son frère, l’écoute dans un premier temps et finira par l’accompagner en utilisant son corps pour créer du rythme. Par le truchement du corps la fusion opère entre les deux êtres. Le corps comme moteur du sentiment et la naissance d’un amour.

La fin du film retrouve la poésie présente dans le premier avec ce plan ou nous voyons la digue reprendre ses droits sur la grande route en ligne droite créer par l’homme. Même si ce plan est issu de l’imaginaire du personnage masculin, traduit bien le titre du film. Beyond The Years ou « Au-delà des années », comment tenter la reconstruction d’un monde que nous avons perdus, comment recréer l’instant qui recréera l’union d’autrefois. Le temps comme messager d’une époque révolue.

Images : © Wild Bunch Distribution






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  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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