Contre "La Journée de la jupe"
Par Julien Hairault, le 24 mars 2009 2009 - printemps - 19:56
Des coups de gueule, à Fin de Séance, nous en poussons rarement. Parce que si nous voyons souvent de mauvais films (bien que nous n’ayons pas à nous plaindre de la production actuelle), nous choisissons la plupart du temps de les ignorer, ou alors de les chroniquer (rapidement), en essayant d’être le plus constructif possible pour ne pas dénaturer la raison de notre sentiment négatif, qui d’ailleurs va toujours de pair avec un certain respect pour le film en question.

Mais il arrive aussi de sortir en colère d’une projection, d’être indigné par le long-métrage que l’on vient de voir, au point d’avoir envie d’en dire du mal, quitte à laisser transparaître une certaine forme de mépris. Aussi, ce texte ne vaut pas comme critique du film, et est publié comme « billet d’humeur ».

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Le film en question dans ce texte, vous l’aurez compris au regard du titre, est La Journée de la jupe de Jean-Paul Lilienfeld. Co-production franco-belge tournée pour la télévision (et diffusée sur Arte la semaine dernière en avant-première), ce long-métrage sortira également en salles demain, aidé en cela par une presse institutionnalisée aveugle prête à tout pour encenser Isabelle Adjani, quand bien même le film, faussement politiquement incorrect, est totalement méprisable, d’une démagogie puante, et surtout, indéfendable d’un quelconque point de vue artistique. Adjani y joue une professeur de français dans un lycée difficile de banlieue, qui, sous la pression d’élèves violents et aux préjugés bien établis et effrayants (sur la religion, les filles, le sexe, la société...), prend en otage sa classe lors d’un atelier théâtral, flingue à l’appui (arme apportée en cours par un élève).

Quelques mois après Entre les murs, La Journée de la jupe est l’occasion d’une nouvelle confrontation cinématographique entre un enseignant et ses élèves, et par la même occasion, de dresser à nouveau le portrait de la société française à travers ses ambassadeurs d’adolescents. La comparaison entre ces deux films s’arrête là, tant il manque chez Lilienfeld de la subtilité et de l’intelligence dans son histoire qui, pour faire vite, schématise tous les maux des jeunes de banlieue en un affligeant catalogue de préjugés où tout y passe : viol, insultes racistes, violences verbales et physiques, sexisme... Aucun second degré, tout doit être dit et montré tel quel, sans artifices, quitte à provoquer par l’intermédiaire de dialogues osés et sans tabou. L’intention est louable, mais réalisée de la sorte, sans une once de recul, et avec une Adjani qui (nous) fait la morale (parfois puante) sans cesse, La Journée de la jupe atteint très vite certaines limites que l’on aurait pas cru franchissables ! Que le film veuille mettre en avant les difficultés rencontrées par des professeurs dans des établissements scolaires où certains élèves hors-la-loi n’en ont plus à rien à foutre de l’école, pas de problème. Qu’il veuille également parler de la situation dans les banlieues, évoquant pêle-mêle l’influence néfaste de certaines bandes, l’inconfortable position des jeunes filles face aux caïds, ou la mixité ethnique et religieuse génératrice de tensions, nous n’y sommes pas, en principe, opposés par nature. Reste, comme on l’a déjà dit, que traités les uns après les autres, ces sujets mis en ensemble, littéralement catalogués et alourdis en symbolique (quel horrible plan final), aboutissent à une surenchère démagogique et moralisatrice qui ne sent pas bon du tout. Totalement en phase avec l’actualité du terrain, La Journée de la jupe constate, comme le gouvernement ou les journaux télévisés, que rien ne va plus dans les cités. Ne pas offrir de réponse dans le film (autres que d’instaurer une « journée de la jupe » qui serait celle du respect, et de s’aimer les uns les autres comme le prêche Adjani), c’est adresser un message aux politiques pour qu’ils se remuent et prennent le relai. Dont acte...

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Malheureusement, le film ne peut même pas compter sur sa mise en scène pour tenir un minimum la route. Réaliser un téléfilm n’empêche pas, jusqu’à preuve du contraire, et malgré des moyens limités (mais ceux de Laurent Cantet l’étaient également), d’offrir au public un spectacle digne de ce nom, sans faute de goût dans le montage, avec un minimum de rythme, et une direction d’acteurs à l’avenant (même quand les acteurs ne sont pas bons, et c’est généralement le cas ici). Non seulement La Journée de la jupe est insupportable dans sa tentative de rendre compte d’une réalité quotidienne, et faire semblant de la découvrir par ce film relève de la pure hypocrisie. Beaucoup parleront de film utile. Nous rajouterons et conclurons que s’il faut en passer par une négation totale de l’art cinématographique - et de tous ses subtils possibles qui permettent bien souvent aux cinéastes de parler du monde et de leur époque avec intelligence et respect envers personnages et spectateurs (Entre les murs, comme toujours), pour en arriver à faire un film aussi démago, moralisateur, réactionnaire et donc dangereux comme cette Journée de la jupe, alors nous continuerons de partir en guerre contre ce genre de films qui déshonorent et le cinéma, et la société dans laquelle nous vivons.

Images : © Rezo Films






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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