Walk the Line (Un film de James Mangold)
Cry, cry, cry
Par David Honnorat, le 27 février 2006 2006
De son enfance dans les champs de coton de l’Arkensas à son concert mythique dans la prison de Folsom, Walk the Line retrace la vie trépidante de Johnny Cash (incarné par Joaquin Phoenix, icone de la musique country.

Walk the Line appartient au genre hollywoodien le plus populaire de ces dernières années : le biopic. La production récente est telle que de multiples sous-classifications sont possibles.

JPG - 48.3 ko

Un biopic se définit comme un film retraçant avec plus ou moins de fidélité la vie (ou une partie de la vie) d’un homme ou d’une femme célèbre. La notion de célébrité constitue un premier critère de classification. Un biopic peut en effet relater la vie d’une personne relativement ordinaire mais dont le destin (lui) extraordinaire donne matière à un film. On citera, par exemple, Erin Brokovitch de Steven Soderbergh ou Arrêtes-moi si tu peux de Spielberg. Une deuxième catégorie, beaucoup plus en vogue, concerne les personnages considérés comme des génies dans leur domaine : Aviator ou Un homme d’exception. A l’intérieur de cette catégorie, il est possible de classer les personnages par profession, si le mathématicien John Nash est un peu seul dans sa case, c’est moins le cas pour les écrivains (Neverland, ou encore Truman Capote qui sort bientôt). Mais la profession qui depuis quelques années a le plus séduit le cinéma américain, c’est sans conteste celle de musicien. Ici encore quelques distinctions sont à faire. Il y a les musico-biopics librement inspirés de la vie d’un artiste (Last Days), ceux où le rôle principal est justement tenu par l’artiste dont il est plus ou moins question (8 mile avec Eminem, ou Réussir ou mourir avec 50 cent), ceux enfin qui assument totalement le style biographique, jouent sur la ressemblance physique de l’acteur principal et tirent parti des morceaux qui ont fait le succès de l’artiste (Ray).

Walk the Line appartient à cette dernière catégorie, et les similitudes avec Ray sont telles qu’il est impossible de nier que ces films suivent scrupuleusement une recette miracle. La question n’est donc pas de savoir si ces films font recette, car indéniablement ils le font, mais si, Walk the Line, produit d’usine comporte quelques singularités qui méritent notre intérêt.

Commençons par examiner la recette en question. En plus des éléments indispensables déjà cités, de nombreuses ressemblances scénaristiques sont à noter. Le rapport à l’enfance d’abord qui dans Walk the Line comme dans Ray constitue une période traumatisante avec la mort du frère. Bien sur cette similitude troublante est le reflet d’une coïncidence entre les vies de Johnny Cash et Ray Charles mais son traitement cinématographique est lui aussi identique. En effet, tandis que dans Ray le traumatisme et la culpabilité sont évoqués par l’eau, c’est l’image de la scie sauteuse qui joue ce rôle dans Walk the Line dès le début du film. Autre point essentiel, le côté obscur du génie, qui dans les deux films est exprimé par la dépendance à la drogue, et l’infidélité. Ici encore, la volonté de coller avec la réalité peut expliquer les ressemblances, toujours est-il que l’évocation de ce côté obscur est dans les deux films le prétexte utilisé pour des scènes semblables (disputes, crise, désintoxication...). Enfin, et c’est sans doute le point de ressemblance le plus intéressant, les deux films abordent la création musicale de la même manière ; en l’inscrivant dans la vie quotidienne. A chaque fois, un background narratif permet de développer les talents créatif du personnage principal, dans Walk the Line c’est la passion amoureuse que nourrit Cash pour June Carter (Reese Witherspoon) qui sert de fil conducteur.

JPG - 49.3 ko

En effet, dès son enfance, le petit Johnny n’avait d’yeux, ou plutôt d’oreilles, que pour cette fille qu’il écoutait à la radio. Devenu chanteur, et bien que marié, il n’aura de cesse de la courtiser jusqu’à la demander en mariage sur scène. Autour de cette relation viennent se greffer quelques péripéties, parfois les simples mises en images d’anecdotes cocasses, souvent l’occasion de souligner la tension émotionnelle qui entourait Johnny Cash (notamment les scènes familiales). Toutefois, ce traitement de l’émotion est regrettable dans le sens ou celle-ci n’est pas ressentie par le spectateur, mais par les personnages eux-mêmes. Chacun à son tour, y va de sa petite larme. Illustration du titre du premier gros succès de Cash (Cry, cry, cry), il est rare de voir à l’écran une paire d’yeux totalement sèche. Autant dire qu’un biopic hollywoodien qui nous prive d’émotion, c’est un peu dommage.

Dommage, donc, car cette série de travellings dans la prison, rythmée par les applaudissements et les cris des détenus, qui ouvre le film pour nous conduire jusqu’au personnage de Cash concentré en coulisse, laissait augurer du meilleur. La musique et les belles prestations des deux interprètes principaux participe à un film plus qu’agréable, mais bien loin d’un autre biopic (parfaitement réussi en revanche) traitant de la vie d’un musicien plutôt en vogue en ce moment : Amadeus.

Images : © 2005 Twentieth Century Fox






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
- Le Ciné-Club de Caen

Ces liens vous sont proposés par Fin de Séance, site d’analyse critique des films d’aujourd’hui, n’hésitez pas à nous contacter pour nous transmettre des liens équivalents pour d’autres villes.

Retrouvez également Vodkaster - Le blog de la cinéphilie 2.0



Réagissez aux articles, suivez l’actualité et débattez avec les rédacteurs de Fin de Séance en rejoignant le groupe Facebook de Fin de Séance.

Add to Technorati Favorites

S’abonner à Fin de Séance