Retour rapide sur quatre films sortis ou à sortir avant la fin du mois de janvier. D’un côté, le très bon dernier film de Bill Plympton (Des idiots et des anges), la confirmation du talent immense du cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan (Les Trois singes), un polar made in France largement dispensable (Espion(s)), et enfin une belle proposition de mélanger théâtre et septième art par Benoît Cohen (Les Violette).DES IDIOTS ET DES ANGES de Bill Plympton

En matière de film d’animation, l’Amérique est capable de proposer aux cinéphiles du monde entier un grand écart artistique vertigineux. Aux antipodes des productions Pixar, le très indépendant Bill Plympton nous revient avec un nouveau bijou : Des idiots et des anges. C’est l’histoire d’un pilier de bar misanthrope qui voit des ailes pousser dans son dos, et le conduire, contre son gré, à devenir un super-héros. Très noir, le film dresse un portrait pessimiste d’une Amérique opportuniste et corrompue, prête à tout pour acquérir la gloire sur le malheur des autres. Les ailes qui poussent dans le dos de notre anti-héros attisent les jalousies et les envies, et c’est d’un coup l’inhumanité de tout un système capitaliste qui se révèle au grand jour. Alternant les scènes poétiques d’une beauté insoupçonnable, et d’autres beaucoup plus glauques, plus gores, Des idiots et des anges fascine à la fois par son dessin artisanal d’une implacable maîtrise, mais aussi et surtout pour ce qu’il dit de l’Amérique et de ses mythes. Un peu longue, la fin propose une relecture pas du tout inintéressante de l’indémodable combat entre les forces du bien et du mal dans un environnement super-héroïque.
LES TROIS SINGES de Nuri Bilge Ceylan

Disons le tout net, Les Trois singes ne réédite pas l’exploit des Climats, plus beau film européen de 2007, et qui avait fait du cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan l’un des jeunes cinéastes les plus passionnants au monde (si, j’insiste !). Prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes, Les Trois singes n’est pas un film noir comme les autres. Il est d’ailleurs assez stupide d’essayer de cataloguer les films de Bilge Ceylan dans des étiquettes génériques, tant il importe peu au final de suivre une histoire, de résoudre une énigme. Ici, un homme accepte d’aller en prison à la place de son patron - un homme politique, en échange d’une belle somme d’argent. Peu importe le scénario donc, puisque l’essentiel réside comme toujours dans la mise en scène du temps qui passe. Belle ironie que de commencer le film par le plan d’un homme qui s’endort au volant... Ironie si maîtrisée qu’elle pose finalement problème. Alors que dans Les Climats et Uzak, l’utilisation de longs plans-séquence servait un propos théorique et ésthétique fort (le recouvrement par la neige du personnage et du plan à la fin des Climats restant comme l’une des images fortes du cinéma des années 2000), ici, elle permet un peu trop souvent au cinéaste de se complaire dans cette même démarche, et aussi de donner raison à ses nombreux détracteurs qui ne voient en lui qu’un simple poseur. Nous ne partageons pas ce point de vue, mais sommes aussi conscients que Bilge Ceylan devrait se recycler pour ne pas décevoir plus fortement à l’avenir. Restent toutefois des plans d’une immense beauté qu’il serait inutile de ne pas savourer ouvertement, et qui confirment la grandeur de cet artiste définitivement important.
ESPION(S) de Nicolas Saada

Ancien rédacteur aux Cahiers du Cinéma, et créateur de l’émission de radio Nova fait son cinéma, Nicolas Saada signe là un premier long-métrage sans saveur. Déjà, l’intrigue est bourrée de défauts, d’incohérences, et tourne vite à vide. Pour faire simple, un bagagiste à Roissy (Guillaume Canet, sans plus) se retrouve espion à Londres (engagé par le MI-5, rien que ça !), et chargé d’interférer dans les affaires d’un businessman anglais qui fricoterait avec des terroristes syriens, au point, au final, de sauver toute l’affaire et de devenir un Jason Bourne bis... Louons la tentative de l’apprenti-cinéaste à vouloir donner un nouveau souffle au polar français (surtout quand cela passe par de très belles séquences d’ambiance dans les rues de Paris ou de Londres), mais constatons l’échec monumental du film à ne pas se sortir d’une intrigue déjà vue mille fois ailleurs. Rien ne résiste à ce triste état des lieux : les scènes d’action souffrent d’un incontestable manque d’ambition et/ou de moyens, la psychologie des personnages est à peine esquissée, et le pire provient des quelques intentions théoriques d’un métrage qui tente d’amadouer un public cinéphile qui saura reconnaître un hommage sidérant à la scène clé de Vertigo (quand Scottie retrouve Madeleine au musée sous le portrait de Carlotta). Désespérant de facilité, Espion(s) dérange à enchaîner tous les clichés du genre du polar sans même les remettre en cause. Un coup d’essai qui à tout d’un coup pour rien...
LES VIOLETTE de Benoît Cohen

Les Violette est un film qui passera malheureusement et injustement inaperçu lors de sa sortie le 28 janvier. Film-concept durant un peu plus d’une heure, et jouant tout du long de la frontière ténue entre cinéma et théâtre (le scénario étant l’adaptation d’une pièce de théâtre d’Emmanuelle Destremau, par ailleurs co-scénariste et actrice du film), Les Violette intrigue par son procédé de mise en scène unique, et qui consiste à faire jouer les multiples rôles du métrage par seulement trois actrices : Emmanuelle Destremau, Eléonore Pourriat, Gaela Le Devehat. L’histoire, celle de Violette, jeune ado vivant seule avec sa mère, et influencée par un oncle révolutionnaire qui n’a de cesse de lui placer des idées subversives dans la tête, a ceci de réjouissante qu’elle profite d’un projet assez confidentiel (après Nos enfants chéris et Qui m’aime me suive, Benoît Cohen est pour de bon le spécialiste des films de potes/bande en France) pour laisser émerger en son sein un discours plus que bienvenu sur la société d’aujourd’hui. Reste à passer outre le parti pris conceptuel et théâtral du film, qui même s’il met en valeur la formidable interprétation de trois belles actrices (mais aussi le très beau travail d’adaptation du matériau d’origine), a aussi de quoi surprendre au point de ne pas accrocher du tout. Les Violette est toutefois un film à découvrir.