Little Children (Un film de Todd Field)
Desperate Housewives
Par Julien Hairault, le 24 janvier 2007 2007
Quelque part entre Sexe, mensonges et vidéo et American Beauty, Little Children permet à Todd Field son auteur, de scruter une banlieue bourgeoise de Boston, où les couples se font et se défont sous le poids des passions amoureuses.

Adaptation cinématographique du roman éponyme de Tom Perrotta, Little Children conserve à l’écran une forme littéraire basée sur la voix-off d’un narrateur extérieur qui nous délivre le récit sans aucun encombres. La qualité première du nouveau film de Todd Field repose avant tout dans la forme classique d’une narration linéaire qui sur deux heures ne s’attache qu’à une demi-douzaine de personnages dont les vies vont bientôt s’entrecroiser. Caractère central du film, Sarah (Kate Winslet) est une femme au foyer vivant sur le salaire de son riche mari homme d’affaires. Seule à la maison avec sa petite fille, elle rencontre au jardin d’enfants Brad (Patrick Wilson), délaissé par sa femme Kathy (Jennifer Connelly), réalisatrice de documentaires. Une histoire passionnelle va naître entre les deux nouveaux amants, mettant en danger les familles de chacun.

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Little Children étudie les relations humaines dans les couples déjà établis (les deux couples mariés), ainsi que l’évolution de la relation adultère entre Sarah et Brad. En fil rouge, nous suivons le retour à la vie civile de Ronnie (troublant Jackie Earle Haley), habitant du voisinage qui sort de prison après s’être exhibé sur mineurs. Tout en tensions, le film sait aussi s’autoriser quelques moments de répits qui font respirer l’intrigue. On retiendra à cet égard une belle séquence à la piscine, où le rapprochement entre Sarah et Brad se joue par des ellipses au sein d’un même plan bercé par la chaleureuse voix-off du narrateur. L’artifice est littéraire, et trouve ici une somptueuse transposition à l’écran.

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Comme l’avait déjà fait Sam Mendes avec American Beauty, Todd Field s’appuie ici sur la description de quelques vies pour dresser un portrait de l’Amérique. Mouvements de l’Histoire obligent, le background culturel et social de Little Children évoque la guerre en Irak comme le principal malaise du pays, le gangrenant de l’intérieur. Le plus beau plan du film se fait l’écho de ce symptôme. Kathy, travaillant dans une salle de montage, regarde à l’écran l’interview qu’elle a fait d’un enfant qui a perdu son père en Irak. Le regard perdu dans l’espace et plein de tristesse de cet enfant du film dans le film devient l’image reflétée de Kathy, qui sur le moment craque à son tour en repensant à son mari qui s’éloigne d’elle jour après jour.

Little Children trouve un ton juste pour parler du malaise américain contemporain, dont les répercussions vont bien plus loin que sur les champs de batailles Irakiens. Isolés au sein de leur famille, les personnages du film souffre de la perte d’êtres aimés. Ce malaise est redoublé par la présence de Ronnie, pervers au comportement enfantin qui inquiète et installe une menace dans le quartier, et symbolise à lui tout seul la confiance perdue des américains envers leurs concitoyens. Sur les épaules de ce personnage repose l’ambiguïté du film, qui par moments ne vous donne pas d’autre choix que d’avoir de la compassion pour un être décrit comme négatif depuis le début (la dernière partie du film s’attardant sur le destin tragique de ce personnage qui vient de perdre sa mère), et qui au fond renforce la cruauté d’une société qui voit l’Autre comme une honte, un fardeau qu’on aime humilier en même temps qu’on voudrait le voir disparaître. On peut évoquer à ce propos les agissements de Larry (Noah Emmerich), ex-flic violent qui s’oppose au retour de Ronnie dans le voisinage.

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Dans ce portrait d’une Amérique en perte de repères, Todd Field assume avec talent la modestie de son discours. L’approche sociologique effectuée ici ne permet pas de tirer de conclusions sur un quelconque mode de vie des banlieues bourgeoises de la côte Est des Etats-Unis. Avec une grande classe qui a beaucoup à voir avec l’interprétation d’ensemble, Little Children se fait juste l’écho vibrant des sentiments d’une époque marquée par le doute. Le retour à l’ordre final sonne finalement comme l’amer constat qu’il faut désormais essayer de vivre avec ses problèmes, laissant de coté les rêves les plus beaux pour une vie meilleure.

Images : © Metropolitan FilmExport






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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