Bronson (Un film de Nicolas Winding Refn)
Docteur Peterson et Mister Bronson
Par Julien Hairault, le 10 juillet 2009 2009
Nicolas Winding Refn, le réalisateur danois de la trilogie culte Pusher, s’est lancé dans la transposition sur grand écran de la vie du prisonnier le plus violent de l’histoire de la Grande Bretagne : Charles Bronson (de son vrai nom Michael Peterson). Totalement hybride, le résultat final n’est pas la grosse claque annoncée, mais certainement l’un des meilleurs films de l’été !

Tout d’abord, il faut insister sur le fait que ce Bronson n’est pas un film social, dans la lignée d’un Ken Loach qui avec un tel sujet, aurait trouvé de quoi critiquer encore un peu plus l’esclavagisme moderne et la société britannique. Non, Bronson est un portrait, celui d’un homme peu ordinaire dont la principale occupation est de prolonger ad vitam son séjour derrière les barreaux. Cet homme au physique de bodybuilder croisé avec la moustache de Freddy Mercury a en effet passé la majeure partie de sa vie en prison suite à de nombreuses agressions commises sur ses gardiens et co-détenus.

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"Personnage" assez peu connu en France, Bronson est aussi et surtout un artiste réputé, dont les poèmes et les peintures ont fait le tour du monde. C’est d’ailleurs la transformation du voyou en esthète qui intéresse le plus Nicolas Winding Refn. Né Michael Peterson, Bronson s’est donc choisi un deuxième "moi", comme un nom de scène. Habilement du reste, le film se fait l’écho de cette mise en abîme artistique. Nombre de séquences se passent sur la scène d’un théâtre, où le personnage principal, face caméra, énumère les étapes importantes de sa vie. A l’intérieur même des différentes prisons qu’il traversera, Bronson met également en scène sa propre vie : Docteur Peterson et Mister Bronson. Avant de passer à l’acte en défiant avec fracas ses matons, notre héros a pour rituel de changer littéralement de peau. Après avoir pris en otage le libraire d’une prison, Bronson demande à ce dernier de lui enduire le corps de beurre, afin que ses futurs opposants aient du mal à le saisir. Plus tard, il réitérera l’opération avec de la peinture noire. Il y a définitivement dans cette démarche l’ambition de passer d’un état à un autre. A vouloir prolonger pour toujours son séjour en prison, Michael Peterson cherche bien plus qu’à toucher du doigt le célèbre quart d’heure de célébrité d’Andy Warhol, mais avant tout à devenir une icône, le symbole vivant d’une rébellion envers la société et ce qu’elle impose à ses administrés...

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Le film lui rend d’ailleurs plutôt bien la pareille, à travers une mise en scène des plus clinquantes, qui cite ostensiblement le cinéma de Stanley Kubrick, et plus particulièrement Orange Mécanique, auquel la presse britannique compare un peu trop vite ce Bronson. S’il n’a jamais rencontré personnellement son sujet lors de la préparation du film, le cinéaste danois en fait clairement un modèle de résistance quasi-héroïque (il faut le voir se battre, seul contre une dizaine de gardiens à chaque fois), et en même temps un cas perdu, tant l’ambition de Bronson est égoïste. Le film, lui, enchaîne avec un rythme soutenu les scènes musclées, les digressions théâtrales, et les morceaux de culture populaire intemporels, à l’image de cette inoubliable bal dans un hôpital psychiatrique où des patients sous sédatif dansent sur du Pet Shop Boys. Si Bronson succombe par instants à l’image choc et facile, c’est pour mieux faire ressortir le destin hors-norme d’un personnage finalement complexe, que l’acteur Tom Hardy a su interprété avec force et passion.

- Retrouvez une analyse comparée des films Hunger et Bronson dans le nouveau numéro 16 de la revue VERSUS

Images : © Le Pacte






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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