Alors que les transpositions des grands classiques Marvel et DC Comics se déclinent les unes après les autres sur grand écran avec des fortunes diverses (cette année encore avec Iron Man, Batman et Hulk), Peter Berg (déjà auteur du Royaume l’an dernier) adapte avec Hancock un script qui traînait dans les tiroirs de Hollywood depuis dix ans, et qui met en scène un héros alcoolique et dépressif haït des habitants de Los Angeles, las de le voir accompagner ses sauvetages de coûteux dommages collatéraux.D’un tel pitch, on était en droit d’attendre un métrage un brin politiquement incorrect, drôle, et divertissant à la fois, tout cela, bien sur, dans les limites d’une production hollywoodienne. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cet Hancock ne déçoit à aucun moment, et malgré des séquences un peu faibles et inutiles, l’ensemble, même après le très osé et déconcertant twist, conserve un charme fou, qui a beaucoup à voir avec la performance de Will Smith (ici entre Hitch et Je suis une légende) dans le rôle titre, et le filmage de Peter Berg, supervisé par le grand Michael Mann.

Hancock le film opère en trois temps, trois mouvements. Le premier, dans un joyeux bordel, décrit le quotidien d’un super-héros accroc à la bouteille et aux altercations avec ceux qui dénoncent les dégâts qu’il cause à la ville lors de ses sauvetages. Ensuite, Hancock est pris sous l’aile d’un RP à qui il a sauvé la vie, (Ray, joué par Jason Bateman), et qui décide de s’occuper de son image pour redorer son blason et sa cote de popularité auprès du public. Enfin, tout cela se termine par une dernière demi-heure (après le twist véritablement renversant) plus tournée vers l’action, et qui replace in fine le long-métrage sur les rails du film de super-héros, genre aujourd’hui à part entière dans le cinéma fantastique américain, et qui commence petit à petit par voir apparaître en son sein des œuvres qui s’amusent à en détourner les codes (cf. la nonchalance perçue dans Iron Man ce printemps).

Bien que très peu réflexif et destiné à une très large audience, Hancock n’en demeure pas moins intéressé par la question de la représentation de la figure du super-héros. A la manière de Elijah/Sam Jackson et de sa relation avec David/Bruce Willis dans Incassable, Ray façonne la nouvelle image de Hancock, lui dictant sa nouvelle façon d’agir et de penser. Ce remodelage tant sur la forme (costume moulant flambant neuf) que sur le fond (le fantastique « good job » que le héros apprend par cœur pour le ressortir hypocritement aux policiers à qui il vient en aide) laisse craindre un affaiblissement du métrage, un retour aux normes et aux codes habituels des récits de ce type, où le héros costumé se retrouve à faire la cour à une jeune femme (ici Mary, la femme de Ray, interprétée par Charlize Theron).
Il n’en est rien, Hancock tient jusqu’au bout sa ligne de conduite initiale, mélange de comédie familiale déraisonnable, d’action, et de cinéma fantastique. Surtout, tourné caméra-à-l’épaule et monté sur ressorts, le film possède une identité formelle crédible et savoureuse, plongeant le spectateur au cœur de l’intrigue, au plus près des personnages. Si sur le finale, Hancock, le film et le super-héros, tournent en roue libre, donnant l’impression de ne plus maîtriser grand chose, ce n’est que pour mieux retomber sur leurs pattes avec une émouvante conclusion, aussi simple que tout ce qui précède est tordu et foutraque, mais terriblement attachant et jouissif.