La Pivellina (Un film de Tizza Covi et Rainer Frimmel)
Douceur maternelle
Par Clémentine Delignières, le 18 février 2010 2010
Comment résister au sourire de la petite Asia ? La fillette transforme la vie de ceux qu’elle rencontre et illumine la pauvre banlieue romaine de La Pivellina, une oeuvre agréablement empreinte d’accents néoréalistes.

Walter et Patty, un couple sans-le-sou d’artistes de cirque, se prennent d’affection pour une enfant de deux ans, abandonnée provisoirement par son énigmatique mère... Pas de grandes aventures dans ce film là, mais beaucoup de tendresse. C’est avec émotion que l’on suit le bonheur de la petite famille devant la joyeuse et capricieuse petite Asia. C’est avec amusement qu’on les observe tenter maladroitement d’élever l’enfant. C’est avec angoisse que l’on songe au moment où la mère absente reviendra finalement arracher tout ce petit monde à leur bulle de bonheur, comme elle l’a promis dans une lettre.

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Il manquait décidément au cinéma italien contemporain - adepte de spectaculaire et de grandiloquence - cette simplicité et cette douceur… Serait-ce la touche autrichienne de Rainer Frimmel, le co-réalisateur ? Le couple qu’il forme avec la Transalpine Tizza Covi vient tout droit du genre du documentaire et cette spécificité ne manque pas d’influencer la forme du film. La fiction et le réel s’entremêlent avec succès.

Ce n’est pas non plus un hasard si les deux cinéastes trouvent à l’interprète de Patty, Patrizia Gerardi, des faux airs d’Anna Magnani : La Pivellina renoue avec la tradition italienne du néoréalisme. Le budget est minime, les acteurs ne sont pas des professionnels et gardent à l’écran leurs véritables prénoms, le scénario s’adapte aux frasques de la petite Asia, les décors et l’éclairage sont naturels, le rythme d’action est très lent… Le tout rend compte de la difficile situation d’Italiens en marge de la société, se contentant de l’essentiel quand d’autres s’habillent en Armani. Une scène montre la petite troupe de cirque grimée, donnant un spectacle, sans que personne ne se déplace pour les voir. Ils ne gagneront rien cette fois-là, tant pis. La société semble s’être embourbée dans ses problèmes et ne pas avoir progressé depuis Le Voleur de bicyclette de Vittorio de Sica.

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Mais si la vie dans des caravanes, parquées dans la boue romaine, s’avère donc être un aspect non négligeable de La Pivellina, le film s’attache avant tout à décrire des sentiments maternels – un thème intemporel et universel. Comment un instinct de protection naît-il spontanément dans le cœur d’une femme, face à un enfant sans défense ? Comment le fait-elle sien, sans qu’aucun lien de sang ne les unisse ? Comment son arrivée bouleverse t-elle sa vie ? Une étrange beauté jaillit de la relation de l’insouciante Asia avec la fantasque Patty, cheveux rouges et traits vieillissants. L’enfant allège le quotidien de cette mère adoptive et lui rend le sourire ; la mère prend soin de l’enfant abandonnée et lui fournit l’affection dont elle manque.

Les scènes routinières du quotidien illustrent leurs sentiments. Ces moments s’éternisent et ont pour étrange effet de nous faire sentir membre à part entière de cette communauté. On apprécie : qu’importe les difficultés pécuniaires et la frugalité de leur vie, Patty et Asia ne semblent pas malheureuses pour autant. Elles semblent en tout cas bien plus épanouies que les riches personnages de La Dolce vita de Fellini… Pourquoi en vouloir toujours plus ? Les valeurs défendues par La Pivellina méritent d’être remises au goût du jour et c’est avec un vif regret que l’on quitte les petites caravanes, loin de la précipitation du quotidien.

Images : © Zootrope Films






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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