4 minutes (Un film de Chris Kraus)
Du fond à la forme, du classicisme à l’artifice
Par Anthony Boscher, le 23 janvier 2008 2008
Mme Krüger enseigne le piano dans une prison. Son cours n’est pas beaucoup fréquenté. En effet, les seuls élèves qu’elle a son un gardien de prison et deux autres détenues dont le génie est encore à trouver. Cependant, lors d’un cours pour nouveaux venus, elle va faire la rencontre de Jenny, qui malgré sous ses airs revancharde, va exprimer un talent que nulle autre ne possède.

Le cinéma allemand répond, depuis quelques années, présent sur nos écrans français. Après la vie des autres réalisé par Florian Henckel Von Donnersmark et sorti l’année dernière chez nous, c’est au tour du réalisateur Chris Kraus de nous présenté son film 4 minutes. Repéré par Luc Besson lors du Festival de Shanghai, le producteur français alors président du Jury lui décerne un prix et décide de le distribuer chez nous.

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Dès les premiers plans du film, le réalisateur plante le décor du film. Cette prison est le lieu typique de l’enfermement. C’est également l’endroit ou resteront enfermés les personnages et le spectateur. Cet enfermement est à prendre au sens propre comme au sens figuré. En effet, les personnages ne restent pas seulement enfermés entre quatre murs de béton grisonnant mais restent prisonnier d’un scénario et d’une diégèse qui a du mal à se développer.

Chris Kraus développe avec brio des personnages caricaturés au possible. Le spectateur passe du professeur de piano au passé fricotant avec le nazisme au gardien de prison ne désirant qu’une chose : apprendre par cœur des citations d’œuvres pour pouvoir passer à la télévision. Sa jalousie pour la jeune Jenny fait de lui un personnage en somme des plus banal. Il y a également le personnage de Jenny Von Loeben qui a un passé trop important pour l’envergure d’une héroïne type. A elle seule, elle est le mélange d’un inceste et d’une mort de nouveau-né. L’archétype de la détenue violente qui ne veut pas entendre parler de ce concours et qui se moque éperdument de la société qui l’entoure ressemble à du réchauffer. Le réalisateur Chris Kraus n’a donc pas assez développé ses personnages pour que ces derniers puissent trouver une place à part entière dans l’espace du cadre.

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De plus, nous pouvons également lui faire le même reproche d’un point de vue scénaristique. En effet, Chris Kraus nous offre un revirement de situation avec ce gardien de prison qui au final aidera Mme Krüger à faire évader Jenny. Même si l’on peut sentir un temps soit peu une évolution du personnage, le réalisateur préfère renouer l’idylle entre deux personnages secondaires qui s’étaient quittés auparavant. L’objectif aurait été de se concentrer davantage sur les personnages principaux. De plus, le spectateur pourra noter un manque de travail sur la construction du père qui reste un personnage mystérieux et très peu développé mais qui au final permet à Jenny de participer au concours. Le réalisateur développe donc ses personnages comme bon lui semble et seulement pour les besoins du scénario.

Alors que l’on aurait pu croire que la musique aurait pu libérer les personnages, elle permet seulement au réalisateur de nous évader en faisant le lien entre le passé de Mme Krüger et le temps présent. La musique est le seul élément qui permet au personnage d’avoir une pseudo approche de la liberté. Il est donc important de noter que c’est par l’utilisation d’un élément extra-filmique (ici le montage) que les personnages peuvent obtenir une liberté illusoire. Kraus a donc préféré s’intéresser à la forme plutôt qu’au fond.

De plus la dernière séquence du film n’est sujet qu’a l’expression la plus débordante d’une maîtrise du montage, et donc de la forme.

4 minutes ou quand la forme prend le dessus sur le fond.

Images : © EuropaCorp Distribution






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
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- L’Institut Lumière à Lyon
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