Parlez-moi de la pluie (Un film de Agnès Jaoui)
Dynamique de l’échec
Par Julien Hairault, le 25 septembre 2008 2008
Le nouveau film d’Agnès Jaoui est une véritable déception, peut-être même plus grande que celle provoquée par Comme une image, le dernier long-métrage concocté par le duo Jaoui/Bacri, qui avait au moins le mérite d’être un ratage complet dans lequel plus rien ne pouvait être sauvé. Ici, tout est différent. Parlez-moi de la pluie part d’une bonne idée, celle de faire se rencontrer deux cinéastes amateurs et une féministe nouvellement arrivée en politique. Mais plutôt que d’assurer ses arrières avec une base scénaristique solide, le film préfère s’entêter à dresser le portrait de personnages qui font semblant d’exister, tous partagés entre des désirs particuliers et des obligations sentimentales ou professionnelles.

Le défaut principal du troisième film d’Agnès Jaoui réside dans ce qui aurait pu en faire sa force : ses personnages. Film-choral, Parlez-moi de la pluie dispose d’une impressionnante galerie de protagonistes tous animés du même paradoxe qui les partage entre envies et devoirs.

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Ainsi Agathe Villanova (Jaoui, les traits marqués), féministe de vocation qui s’engage dans la politique et se retrouve avec une équipe de pieds nickelés (Serge et Karim, Bacri et Debbouze, tous les deux biens), eux aussi en proie à d’intenses luttes intérieures. Le premier voudrait percer dans le milieu du documentaire mais se contente de commandes amateurs, tandis que le second, réceptionniste dans un petit hôtel, espère lui aussi faire carrière dans l’audiovisuel. En plus des soucis professionnels de chacun, on partage également leurs angoisses sentimentales qui répondent de ce même procédé binaire qui oppose le geste (l’obligation) à la morale (le désir). Pour l’exemple, Serge vit seul mais a une liaison avec Florence (Pascale Arbillot), la soeur d’Agathe. Seulement Florence ne peut abandonner son mari qu’elle n’aime plus mais qui ne pourrait pas survivre sans elle. Karim lui est marié, mais flirte avec sa collègue (l’objet du désir) sans pour autant plonger dans l’adultère, rattrapé par son propre sens éthique et loyal.

Il en va ainsi de tous les personnages de Parlez-moi de la pluie, même des secondaires comme Mimouna (la mère de Karim, et domestique de la famille de Florence), cette vieille femme abîmée par la vie qui continue d’exercer sans toucher d’argent auprès d’une famille qui l’a accueilli et aimée. De même que l’agriculteur qui recueille Agathe et les vidéastes en détresse fait preuve à la fois d’une grande hospitalité et d’une violente colère à l’encontre de la politique agricole de Bruxelles. L’unique credo du film est donc de s’en tenir à cette confrontation entre des personnages différents dont le premier combat à mener se livre face à soi-même. Le problème avec ce parti-pris, c’est qu’il enferme le film dans une dynamique de l’échec. Faire avancer les personnages pour mieux les faire reculer ensuite, c’est un peu le procédé employé ici par Agnès Jaoui, mais dans quel but ?

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La prolifération des personnages permet à Parlez-moi de la pluie d’aborder de nombreux sujets : politique, sentiments, société, famille... Mais Agnès Jaoui leur réserve le même traitement qu’aux êtres humains qu’elle filme, sautant de l’un à l’autre, choisissant d’y revenir (ou pas) plus tard dans le métrage, sans vraiment creuser sous les apparences. D’où l’échec du long-métrage à vouloir prendre le genre du film-choral pour souligner derrière chaque personnage un trait social ou politique, afin de dresser une sorte de photo-portrait du pays. Mais cet échec, justement, semble pleinement voulu. Par exemple, le documentaire que tournent Serge et Karim n’aboutit à rien, de même que la portée politique du voyage d’Agathe qui rate son meeting. Ne serait-ce pas la preuve irréfutable d’un commentaire pessimiste des auteurs sur leur travail en cours ?

Il y a en effet dans Parlez-moi de la pluie une stratégie du renoncement calculée sur les parcours chaotiques et paradoxaux de personnages instables. Si quelques belles scènes font oublier momentanément la déception d’un script qui manque d’ambition (on sauvera surtout le beau personnage de Serge, que Bacri incarne avec brio), on ne peut que se consterner de nouveau devant une production française gangrenée par cette idée bête que le monde peut être changé en faisant mine de le filmer. Il en va ainsi du cinéma d’Agnès Jaoui qui aujourd’hui se contente d’être là, sur nos toiles, sans même chercher à produire du sens pour faire naître un quelconque débat d’idées. Un film mort-né, tout simplement, qui se permet même le luxe de faire rejouer au talentueux Jamel Debbouze la scène du petit arabe en colère contre la société.

Images : © StudioCanal






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