Second volet du dyptique consacré à la figure emblématique de l’île de cuba : Ernesto CHE Guevara. Présenté à Cannes dans sa version complète pour une durée au totale de plus de quatre heures, les spectateurs français n’ont eu d’autre choix que de patienter quelques semaines avant de pouvoir savourer ce second volet et ce n’est peut être pas si mal au fond.Prendre le temps d’attendre après avoir vu le premier épisode permet de mieux comprendre le travail de Steven Soderbergh. Alors que la première partie du film se concentrait sur la période cubaine (1956-1959) où l’on suivant Ernesto Guevara dans la jungle de l’île, cette seconde partie se concentre sur les années 1960, durant lesquelles le CHE a démissionné de son poste de commandant pour aller en Bolivie continuer la révolution. La fin du premier film et le début du second ne sont pas raccord et Soderbergh ne nous dévoile point l’entrée triomphante des troupes révolutionnaires dans la capitale cubaine se faisant acclamer par tout un peuple. Le but du réalisateur n’est pas ici, il est ailleurs, il a une autre forme que celle de porter au triomphe le courage d’un homme.

Soderbergh rompt également avec l’esthétique qu’il avait adoptée dans le premier volet. Il n’y a plus l’alternance entre séquences en couleur et séquences en noir et blanc. La couleur domine cette partie et la chronologie nous est souvent rappelée à l’écran par des cartons. Le compte à rebours est commencé. Le spectateur sait déjà comment cela va se finir. Oui, mais comment ? Comment rendre compte de la mort d’une légende d’un point de vue cinématographique puisque le cinéma préserve de la mort ? Revenir uniquement à des séquences en couleur n’est que la suite logique du premier volet. En effet, durant la première partie, la couleur symbolisait les moments où Ernesto Guevara commençait à se construire en tant qu’Homme et en tant que révolutionnaire. La mise en scène ne le mettait pas plus en valeur qu’un autre soldat. Il en est de même ici. Le CHE ayant démissionné de son poste de commandant, il n’y a plus de raison que la mise en scène se concentre davantage sur lui. Il a décidé de redevenir un simple soldat, la mise en scène s’adaptera et le filmera à hauteur d’Homme et non pas encore à hauteur de mythe. Cette seconde partie montre la partie ascendante de la vie du CHE bien que durant la majeure partie du film il gravit avec son équipe des montagnes ardentes. Ce n’est plus un homme victorieux et plein de vitalité que nous avons ici, mais un homme autour duquel rôde la mort. La mort est largement plus présente dans ce second volet que dans le premier. Le personnage acquiert une dimension christique avec cette allure de messie escaladant les montagnes avec une couverture sur le dos et une branche d’arbre en guise de canne. Il tente de prêcher la bonne parole qui n’arrivera pas à se faire comprendre.

Arrive donc le moment fatidique de l’exécution du Che. Soderbergh adopte, au début de la séquence, une série de champs contre-champs entre le prisonnier et son bourreau. A un moment précis, la caméra adopte le point de vue du Che ce qui met le spectateur directement au cœur des évènements. C’est par ce moyen que le réalisateur parvient à inscrire la légende au sein de son cadre. En adoptant ce principe de mise en scène, il fait littéralement disparaître le CHE du cadre mais en même temps parvient à faire de lui une image cinématographique à part entière puisque la caméra adopte son point de vue. Lors d’un premier écrit, il était mentionné que plus la légende du Che prenait de l’ampleur et plus le corps, lui-même, tendait à disparaître. Lors de cette séquence, nous avons le point culminant de cette théorie. Une fois, l’écran devenu noir, le mythe est né et chaque nouveau plan donnera au corps une nouvelle dimension. Le film se conclut sur une des premières images du premier volet. Nous retrouvons Ernesto simple médecin voguant sur les flots se dirigeant vers son destin. Désormais ce n’est plus uniquement un corps, c’est une légende.