A la veille des élections présidentielles américaines, la victoire probable (et souhaitée) du démocrate Barack Obama amène à réfléchir sur l’avenir du cinéma américain. Si directement, Hollywood et les indépendants continueront sur un même rythme à produire des films en tous genres, la récente vague de longs-métrages politisés est elle destinée à disparaître avec le départ de George Bush de la Maison Blanche ? Petit aperçu, au regard de la production américaine actuelle, de ce que pourrait être le paysage cinématographique US des prochaines années si Obama était élu…Disons que cette élection agira comme un mal pour un bien, que le rétablissement (souhaité lui aussi, même s’il faudra du temps) de l’Amérique sous les pansements de la politique d’Obama, empêchera les cinéastes contestataires de dénoncer les failles d’un pays malade, puisque sur le chemin de la convalescence. Le « c’était comme ça avant », sous-entendu « moins bien », deviendra leitmotiv, et moteur de nombreuses fictions qui n’en finiront plus d’accuser et de constater les dégâts de l’administration Bush. Ces films-là prendront la valeur de documents de prévention dont l’ambition affichée sera de faire raisonner le spectateur sur le mode « plus jamais ça ».

Si De Palma n’aura sans doute plus la matière à un nouveau Redacted, et que Michael Moore devra s’en remettre, comme à ses débuts, à des sujets plus locaux (Roger et moi, The Big One), moins tourné vers un anti-Bush primaire, il restera espérons-le des auteurs pour parler des américains, de ceux qui souffrent pour de bon, sous le poids d’un capitalisme à plusieurs vitesses. Dans ce cas-là, peu importe la couleur politique du président en place. Dans Shotgun Stories et No Country for Old Men, deux des films les plus puissants et apolitiques de l’année, se trouve l’essence d’un cinéma national tourné vers les vrais américains, ceux qui font vivre la légende d’un Far West mythique (on pourrait citer There Will Be Blood, bien qu’il y soit davantage question de politique et d’argent) sur la base de drames humains bouleversants. Les histoires personnelles d’anonymes (citons encore Paranoid Park, Two Lovers) seront peut-être désormais utilisées pour dresser le portrait du pays, à travers des visages, des communautés, et des aspirations différentes. Ce cinéma-là a toujours existé, mais il était éclipsé ces derniers temps dans les médias par d’autres œuvres qui abordaient le problème politique et sociétal frontalement. Indépendants (Grace is Gone) ou non (Iron Man), les projets traitant de la guerre en Irak (ou plus généralement de la politique extérieur de l’époque Bush), du repli sur soi communautaire (Le Village, Je suis une légende), ou tout simplement du mal être identitaire de tout un peuple ont (sur)peuplés nos écrans depuis quelques années, avec à chaque fois des fortunes diverses. Le documentaire anti-Bush, anti-guerres (n’oublions pas l’Afghanistan) a lui aussi connu son heure de gloire, et était devenu un genre à part entière.
Le cinéma américain devra renaître des cendres étalées de par le monde et de son territoire par la politique de Bush. Renaître sous un nouveau jour, plein d’espoir, c’est aussi ce que l’on souhaite à Hollywood, qui vient de traverser une période faste en grandes oeuvres politiques marquantes, et finalement peut-être déterminantes dans le résultat du vote de demain. On souhaite juste que la dichotomie qui veut qu’ un gouvernement réac s’oppose à une activité artistique foisonnante et contestataire, ne se transforme pas en son contraire : un président noir symbolisant l’avenir et l’avancée démocratique de tout un pays, face à une production cinématographique de nouveau dépassée et rétrograde, comme elle le fut si souvent avec ses terroristes communistes et asiatiques dans les années 90.
Lire l’analyse critique de Redacted de Brian De Palma
Lire l’analyse critique de Shotgun Stories de Jeff Nichols
Lire l’analyse critique de Grace is Gone de James C Strouse
Lire l’analyse critique de Paranoid Park de Gus Van Sant
Lire l’analyse critique de There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson
Lire l’analyse critique de Iron Man de Jon Favreau
Lire l’analyse critique de No Country for Old Men des frères Coen
Lire un premier avis critique sur Two Lovers de James Gray