Transamerica est un film indépendant qui revisite le genre du road-movie en même temps qu’il propose un discours subversif sur les mœurs américaines.Une transsexuelle (Bree, jouée par Felicity Huffman) traverse les Etats-Unis avec un fils qui ne sait pas qui elle est. Le jeune homme croit en effet que celui/celle qui l’accompagne est une assistante sociale venue le sortir de prison.

Placé sous l’égide du genre du road-movie, Transamerica y emprunte sa thématique centrale : la quête identitaire. Pour Bree, il s’agira de retrouver confiance en elle en même temps que d’aboutir à une relation normale avec son fils. Duncan Tuckler, avec toute la justesse des films indépendants : trouve ici une histoire qui lui permet d’aborder des sujets épineux dans une Amérique puritaine. Dans sa dimension subversive, le thème de la transsexualité est aussi fort que celui de l’homosexualité (aussi présent avec le personnage du fils), et quelques pics contre des préjugés établis apparaissent à l’écran au fil des séquences. Le meilleur exemple se trouve dans la scène où Bree - toujours perçue comme une assistante sociale catholique par son fils, se lance dans une explication de la théorie de l’évolution de Darwin pour lui expliquer les paysages désertiques du Texas.
Mais cette justesse de ton qui fait la force du film, ne serait rien sans l’interprétation sensationnelle de Felicity Huffman (vue dans la série Desesperate Housewives). Le maquillage y joue pour beaucoup, si bien que la confusion s’installe à l’écran lors des premières minutes. On doute réellement qu’une actrice puisse se cacher derrière ce personnage qui tend vers la femme, mais qui reste emprunté de nombreux tics comportementaux masculins.

Justement récompensée par un Golden Globe, Felicity Huffman porte le film avec son corps et un talent immense. Mis au service d’une histoire simple et profondément humaine, tout cela fait de Transamerica l’un des meilleurs films indépendants de ces derniers temps. On est ému par le très beau final qui vient conclure une intrigue pleine de sensibilité, et qui saura toucher le cœur du public. Tendre et cruel à la fois avec ses personnages, Duncan Tuckler filme une Amérique en marge, mais une Amérique réaliste qui fourmille de ce genre d’histoires. Depuis des dizaines d’années maintenant, le cinéma américain tend à juste titre de faire de la marge, la norme d’un pays. Transamerica en est un nouvel exemple, emprunte temporelle d’une société en pleine mutation qui se déchire de l’intérieur.