Le Voyage aux Pyrénées (Un film de Arnaud et Jean-Marie Larrieu)
En vacances !
Par Julien Hairault, le 22 juillet 2008 2008
Sabine Azéma et Jean-Pierre Darroussin jouent Aurore Lalu et Alexandre Dard, un couple d’acteurs célèbres qui vient passer quelques jours dans les Pyrénées, officiellement pour des vacances, officieusement pour calmer les crises de nymphomanie de Madame... Mais au lieu du calme reposant qu’ils sont venus chercher au milieu de paysages magnifiques, notre duo de vedettes sera confronter à l’attaque d’un ours, et à la bizarrerie de quelques autochtones.

Ce Voyage aux Pyrénées nous rappelle le dernier film de Wes Anderson, A bord du Darjeeling Limited, et ce, pas uniquement au regard de thématiques qui se croisent (le voyage initiatique ou rédempteur de quelques personnages au coeur de la nature étant le trait commun à ces deux oeuvres), mais avant tout en ce qui concerne notre ressenti final, qui à plus à voir avec la frustration et la déception. Ces deux films nous donnent l’impression de trop déborder, surtout à l’approche de la fin, dans un marasme théorique et brouillon, où tout ce qui faisait jusqu’à présent une Oeuvre remarquable et singulière, devient en quelques minutes, et par l’intermédiaire de quelques scènes, terriblement raccoleur et fort peu intéressant.

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Chez les Larrieu, il n’y a qu’à voir les trente dernières minutes totalement insupportables et nulles, pour comprendre que la farce à laquelle on assiste n’est qu’un délire de cinéastes un peu trop certains de leurs forces, et surtout très mal placés pour s’aventurer sur le terrain glissant du métafilm. En faisant de leurs personnages principaux des comédiens reconnus, les auteurs de Peindre ou faire l’amour voulaient au fond nous offrir une comédie légère doublée d’un discours un poil réflexif sur le métier d’acteur, et la notoriété qui va avec. Alors quand un journaliste local s’aventure à vouloir interviewer ces célébrités en vacances, et qu’au lieu de reconnaître Alexandre Dard il prononce le nom de André Dussolier, c’est certes à une blague magnifique (qui sera amenée à être répétée avec autant de réussite à plusieurs reprises par la suite du film) qu’on assiste. Dans le même état d’esprit, la séquence vraiment hystérique avec le faux-ours qui oblige nos deux héros à trouver refuge dans un abri de fortune perdu dans la montagne, est le signe que les frères Larrieu ne sont quand même pas les derniers venus pour écrire de grands moments de comédie. Il faut dire aussi que Sabine Azéma (qui après Coeurs d’Alain Resnais, se retrouve une nouvelle fois dans la peau d’une nymphomane) et Jean-Pierre Darroussin ont suffisamment de bouteille eux-aussi pour interpréter avec une grande classe ce duo de parisiens qui part à l’assaut de la nature, et qui pendant une bonne heure nous fait vraiment rire.

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Mais il en est autrement du dénouement. Devenue "femme sauvage" perdue dans les montagnes, Aurore est retrouvée par son mari à l’aide de moines (l’un d’entre eux étant joué par le chanteur Katerine), dont la particularité est de commenter l’action au rythme de chansonnettes aussi drôles que futiles, nouvelle trace visible d’un film qui se regarde un peu trop avancer. Suite à un orage et à un "coup de foudre", les deux comédiens se retrouvent sonnés, et se réveillent dans un état pour le moins original : Alexandre dans le corps d’Aurore, et inversement. C’est alors que commence un festival de mauvais goût. A la responsable du gîte qui a pris soin de lui quand sa femme se perdait dans les vallées pyrénéennes, Alexandre déclare avant de se sauver dans l’un des derniers plans du film : "Je ne suis qu’un comédien", histoire de dire qu’il ne faut pas vraiment se fier à lui, et que la vie est une belle farce sur laquelle il est inutile d’espérer. Pour le spectateur, cette fuite du couple d’acteurs sonne avant tout comme l’abandon d’une histoire en laquelle il a cru, par ceux-là même qu’ils l’ont faite. Si toute cette mascarade était bien prévisible dès les épisodes Dussolier et du faux-ours, l’absurdité avec laquelle elle se termine, et surtout l’arrogance de son dénouement faussement auteuriste, ont de quoi laisser pantois et nostalgique d’une première heure plus heureuse, où le cinéma des frères Larrieu répondait encore à une certaine logique, au coeur des fantastiques paysages pyrénéens.

Images : © Diaphana Films






A l’occasion de la sortie du chef d’œuvre de Steve McQueen, Hunger, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Les Évadés de Frank Darabont
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
- Le Ciné-Club de Caen

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