Trois enterrements (Un film de Tommy Lee Jones)
Entre deuil et rédemption
Par David Honnorat, le 30 décembre 2005 2005
Voyage dans le désert. Western tout en symboles dans un genre renouvelé entre John Ford et Sergio Leone.

Sud du Texas, il y a des cow-boys, des mobile-homes et des gardes-frontière. Melquiades, un vaquero mexicain est tué. Pete, son ami, kidnappe le meurtrier et l’oblige à transporter le corps de Melquiades pour l’enterrer, comme il l’avait promis à son ami, dans le petit village de Jimenez.

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Trois enterrements pose la question de la narration au cinéma. Comment raconter une histoire, comment raconter la vie, ou au moins les pérégrinations ponctuelles de quelques personnages ? Pour son premier film, Tommy Lee Jones, suivant la tendance d’un cinéma américain en renouveau depuis une quinzaine d’années, prend le parti de ne pas le faire dans l’ordre chronologique. Ce cinéma puise son dynamisme dans la reconstruction du temps. Le temps n’est plus ici un élastique qui s’étend au gré des émotions. Trop rigide l’élastique a claqué, c’est la défaite du temps réel sur celui du récit. La dynamique est assurée par de multiples retours en arrière, des répétitions et des changements de point de vue qui, à chaque fois, disent un peu plus de la scène précédente et préparent un peu plus à la scène suivante. Et puis, progressivement, imperceptiblement, le temps reprends ses droits, et, enfin, il dure.

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Installé dans la durée, le film nous entraîne dans une lente traversée du désert. Le village perdu n’est qu’un prétexte (d’ailleurs existe-t’il vraiment ?). Il s’agit à la fois de la rédemption du meurtrier et du deuil de Pete. Ce voyage est également l’occasion d’installer plusieurs thèmes. Celui de la frontière d’abord, effective entre le Texas et le Mexique, elle est une ligne imaginaire non seulement entre les états, mais aussi entre les hommes, entre la tristesse et la colère, entre l’accident et le crime, entre la vie et la mort. Le film s’intéresse également à l’idée de destin : Melquiades savait qu’il "partirait" avant son ami Pete, le meurtre est une vengeance accidentelle...

Syndrome de Stockholm, les deux personnages se rapprochent au cours du voyage. Finalement ils se confondent et peu à peu ne font plus qu’un, coupable, délaissé, honteux et fier à la fois.

Images : © EuropaCorp Distribution






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

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