Memory Lane est sorti en salles, ce mercredi 24 novembre. Entouré d’une bonne poignée de ses acteurs, son réalisateur, Mikhaël Hers a répondu (brièvement, avouant lui-même être peu loquace) aux questions de Fin de séance.Fin de séance : Vous réunissez dans Memoy Lane deux acteurs qui ont joué chez Rohmer, Marie Rivière et Didier Sandre. Par ailleurs le soin qui semble avoir été apporté dans le film aux vêtements des personnages témoigne d’un sens plastique assez rohmérien. Y a-t-il pour vous l’influence du cinéma d’Eric Rohmer sur votre œuvre ?
Mikhaël Hers : Euh… pas du tout. Rohmer j’y ai beaucoup pensé pour la première histoire de mon film Montparnasse. C’est un triptyque, trois petites histoires et j’ai beaucoup pensé au Rayon vert pour la première. Mais là pas réellement, je crois pas. Il se trouve qu’effectivement, j’ai découvert Didier Sandre et Marie Rivière dans des films de Rohmer mais après ce sont deux choses qui n’ont rien à voir. C’est des rencontres qui se sont bien passées.
Thibault Vinçon : En l’occurrence Didier, c’était plus Petits arrangements avec les morts, le film de Pascale Ferran qui t’avait intrigué.
Mikhaël Hers : Ah, oui c’est vrai en plus. T’as raison.
Fin de séance : L’image de Sébastien Buchmann travaille beaucoup la pellicule et ses aspérités, notamment dans les scènes nocturnes comme celle où le groupe marche sur les railles. Qu’est-ce qui a motivé chez vous ce choix de l’argentique à l’heure où plusieurs cinéastes, de Spielberg à Raul Ruiz, basculent dans le numérique ?
Mikhaël Hers : Vous l’avez dit : il y a de la matière dans l’image, des aspérités, ça crée du relief. Puis ça va vraiment bien avec le climat du film, je trouve. L’image numérique je la trouve encore trop parfaite, on n’a pas prise vraiment sur les choses. Là y a quelque qui vit, moi qui me touche. C’est difficile à expliquer, c’est vraiment de l’ordre de la sensation.
Fin de séance : Memory Lane sort en salles au moment où le film choral français prend un essor nouveau, avec le succès public des Petits mouchoirs ou le succès critique de La Vie au ranch. Comment avez-vous abordé le mode narratif du film polyphonique ?
Mikhaël Hers : C’est à dire que c’est une atmosphère pour moi, c’est une occasion de réinvestir des lieux quand je fais un film. Ca parle beaucoup de ça. Et puis après il y a les thématiques que j’ai envie d’aborder, je me disais que ça pouvait être les sous-intrigues de ce projet, il fallait quand même donner un peu d’ossature et un peu de mouvement. Là c’est l’irruption d’une maladie dans la famille ; la naissance d’une histoire d’amour ; un groupe de musique qui se demande s’il a encore une raison d’être ; un personnage qui traverse une crise un peu existentielle. J’inscrivais ces parcours dans ces lieux là et puis ça donnait un tableau d’ensemble, une mosaïque un peu impressionniste. J’ai pas théorisé avant de le faire, ça c’est fait comme ça, à l’écriture, assez naturellement.
Entretien réalisé à Lyon, le 17 novembre 2010