Le Nouveau monde (Un film de Terrence Malick)
Esprit es tu là ?
Par Julien Hairault, le 24 février 2006 2006
Au cinéma, l’histoire de Pocahontas se résumait jusqu’à présent au dessin animé Disney sortit il y a quelques années. Il faudra maintenant compter avec le très beau film de Terrence Malick. Avec les ingrédients qui avaient fait la force de La ligne rouge, le très peu prolifique cinéaste texan (quatre films en plus de vingt ans) accouche d’un nouveau miracle cinématographique.

Tout commence avec l’arrivée des colons britanniques sur la côte est américaine au dix-septième siècle. Et avec elle, la rencontre délicate avec les peuples locaux, aux cultures et traditions différentes. Colin Farrell interprète le capitaine Smith, qui après avoir échappé de peu à la mort, se voit chargé de diriger la nouvelle colonie. Mais les indiens le kidnappent et l’initient à leurs us et coutumes. C’est là qu’il rencontre la jeune Pocahontas, fille du chef du village, et victime elle aussi du charme de l’étranger. Entre les deux, une idylle plus spirituelle que physique vient de naître.

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Terrence Malick abandonne très vite le récit historique de cette aventure au profit de la relation amoureuse entre les deux personnages principaux. L’important n’est pas comment ces deux êtres sont amenés à se rencontrer, puis à se séparer : mais que pensent-ils de cette romance qui dépasse les barrières de la langue et de la civilisation. On accorde que très peu d’importance aux rebondissements de l’intrigue, traités avec beaucoup de retrait, si ce n’est avec mépris. Le nouveau monde repose principalement sur la mise en scène des (états d’) esprits des protagonistes. La joie de passer des moments ensemble, la peine de la séparation : autant de sentiments que Malick met en scène avec comme d’habitude en premier plan l’utilisation de la voix off, artifice ultime permettant aux personnages de se dévoiler au public.

Déjà La ligne rouge donnait de l’importance aux sentiments des personnages qui, en temps de guerre, étaient toujours des hommes et non pas seulement des soldats. Car si les films de Malick ressemblent à des comptes philosophiques, ils n’en demeurent pas moins traversés par des hommes et des femmes qui revendiquent leur existence, et qui ne servent pas uniquement la pensée de l’auteur. Le travail sur le son nous permet de ressentir l’instant présent comme le ressent le personnage. En mélangeant habilement bruits et voix in et off, Malick créée une ambiance où les sens des personnages sont mis en avant, et ceux des spectateurs sollicités. On peut véritablement parler de communion entre les deux, tant tout est fait ici pour rendre cette histoire accessible jusque dans sa plus grande intimité (le cœur et l’esprit des héros).

Une fois que le capitaine Smith disparaît du film, notre Pocahontas se retrouve seule, puis mariée à un autre colon joué par Christian Bale. Ce dernier personnage, comme bien d’autres : est insignifiant d’un point de vue scénaristique. Encore une fois et il faut le répéter : Le nouveau monde est moins un film sur une époque pleine de changements et de confrontations qu’une œuvre sur l’amour platonique entre deux êtres qui semblent être nés pour cela. La dimension philosophique de ce long métrage reste dans la même veine que celle de son prédécesseur. On y métaphorise beaucoup autour des sentiments, de la mort, de la vie. Avec comme point de réflexion culminant : l’image d’un arbre qui voit ses branches tomber sans pour autant s’arrêter de pousser. C’est la vie qui continue même quand une personne extraordinaire décède.

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La beauté de ce film réside donc dans la prise en main de ce récit par un génie en la matière. Malick, par ces choix : montre la voie au spectateur pour qu’il rentre de la façon la plus confortable possible dans son œuvre. Toutes ces voix off et ces sons naturels nous bercent littéralement. Le destin de la jeune Pocahontas, jouée par la sublime Q’orianka Kilcher n’en est que plus beau et attachant. D’un point de vue plus formel, les images sont du même niveau. Qu’il s’agisse des somptueux décors utilisés tout du long (ajouté à une lumière 100% naturelle), ou l’élégance remarquable avec laquelle les corps et les gestes des personnages sont filmés avec la nature comme valeur de référence : tout participe à célébrer non pas l’homme, mais son esprit.

Images : © Metropolitan FilmExport






Le 25 mai prochain, après une compétition d’une dizaine de jours, le jury du 61ème Festival de Cannes présidé par Sean Penn, décernera la tant attendue Palme d’Or au meilleur film de la sélection. En attendant d’en savoir plus, la rédaction de Fin de Séance vous livre ses cinq oeuvres palmées préférées :

  1. Pulp Fiction de Quentin Tarantino
  2. Taxi Driver de Martin Scorsese
  3. Elephant de Gus Van Sant
  4. Barton Fink de Joel & Ethan Coen
  5. Apocalypse Now de Francis Ford Coppola


Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
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