Gotham est à bout de souffle. Si Batman ( Christian Bale ) calme les rues avec l’aide du fidèle commissaire Gordon ( Gary Oldman ), la corruption est à son plus haut point et l’arrivé d’un terroriste dégénéré mais étonnamment rusé connu sous le pseudonyme du Joker ( campé par un brillant Heath Ledger ) n’arrange rien au moral de la population. L’espoir survit cependant par le biais de Harvey Dent ( Aaron Eckhart ), procureur au sourire lumineux jusqu’à ce que le Joker lui refasse une beauté.Il est vrai que The Dark Knight à cela de plus qu’un Blockbuster classique qu’il a su créer la curiosité d’un large public, allant des fans de l’homme-chauve-sourie aux critiques avertis. Mais il va s’en dire qu’en ce qui concerne cette deuxième catégorie ce n’est pas le film en lui même qui attira nos regards épieurs durant un an de « Buzz » magistralement orchestré sur le net, mais bel et bien la performance du désormais défunt Heath Ledger en Joker. Et disons le d’emblé : oui l’acteur australien est définitivement époustouflant. Ledger campe un Joker jouissif mêlant avec dédain folie meurtrière et euphorique, si bien qu’on se surprend à attendre impatiemment chacune de ses apparitions et à déguster la moindre mimique et réplique de l’acteur qui disparaît totalement pour laisser place au seul Joker. Et il emporte le reste du film avec lui, où comment faire de la qualité suprême d’une œuvre son principal défaut : le Joker éclipse tout le reste et avec le sourire. Il est cependant intéressant de constater que Heath Ledger fait subir au film ce que son alter-égo fait à Gotham dans le scénario : il s’impose et fait disparaître tout ce qui l’entoure. Si bien que face à lui ne se trouve pas que Batman mais un trio composé du chevalier noir, du futur Double Face Harvey Dent, et du fameux Jim Gordon. Et encore une fois à l’image du film les trois « gentils » ont bien du mal à rivaliser derrière le clown dantesque.

Outre ce Joker dérangeant, reste un film esthétiquement et scénaristiquement sombre. Telle est la place du Joker, un maquillage blanc écarlate contrastant avec les visages graves, les drames qui envahissent Gotham et la froideur d’un Batman en pleine remise en question. A noter que malgré un costume neuf Batman conserve cette allure rigide du précédent épisode. On a toujours du mal à se faire à sa voix de cancérigène et à ses mouvements aussi fluide qu’un Terminator, il manque un brin d’humanité au pourtant seul super-héros sans pouvoir. Christopher Nolan a d’ailleurs bien du mal à filmer le chevalier, alors que la caméra suit le Joker avec l’allure reptilienne qu’est la siennne, elle n’arrive à trouver d’angle correct en ce qui concerne Batman qui au final n’est que peu visible. Il y a donc dans la réalisation cette forme d’inégalité qualitative, voire de préférantisme assumé envers le Joker. Cela ce ressent aussi envers l’autre méchant de cet épisode : Double Face. L’ex Harvey Dent se transforme tard, vite et on en finit rapidement. Son rôle fait un peu trop office de figuration pour pouvoir lui prêter un intérêt notable. Le Joker, toujours le Joker, voilà la ligné implicite du scénario, de la réalisation et au final du film entier.

The Dark Knight n’est donc pas un tout mais un ensemble de scènes quelque peu distillées, que l’on pourrait divisé en trois types : les dialogues ( les moins bonnes scènes pour ne pas dire les plus mauvaises ! ), les scènes d’action ( plus ou moins réussis ), et ce que l’on peu appeler les scènes de tension en crescendo. Et c’est ici même que Nolan nous dévoile tout son talent, intégrant un son seul, froid, strident et montant au rythme du danger jusqu’à l’apogée dévastatrice du Joker. Que ce soit lors d’un interrérogatoire musclé du clown par Batman ou d’une arrivé soudaine en pleine fête mondaine il y a la une véritable tension palpable et parfaitement mise en scène par le réalisateur de Mémento. On sent bel et bien que Nolan a su acquérir un peu plus de liberté que lors de son premier Batman, fade et impersonnel. Mais un film hollywoodien de cette envergure, quelque soit le réalisateur choisit ou la tentative d’amélioration, reste un film aux codes incassables, c’est à dire obligatoirement composé d’un certain nombre de scènes miévreuses et de bravoure irréalistes. Le Chevalier Noir n’échappe donc pas à cette règle universelle du cinéma grand public et entre deux interventions jouïssives de Heath Ledger nous avons le droit à un peu de romance, de courages et de sacrifices. Un peu de tout résulte rarement à un grand bien, voilà qui est connu par le monde entier excepté par ce grand quartier américain que l’on nomme Hollywood.

Mais ne nous méprenons pas, ce nouvel opus n’en demeure pas moins bien meilleur que son prédécesseur. Alors que ce dernier devenait rapidement insupportable d’incohérence et de mièvrerie, on suit The Dark Knight jusqu’au bout et avec un certain plaisir. Celui la même qui fait oublier le reste, celui que l’on ressent tout en sachant que ce que l’on regarde n’est pas un chef-d’œuvre mais que toute réflexion ou concentration n’est pas obligatoire. Et soyons franc, ressentir cela de temps en temps est fort agréable et au final c’est peut être cela un blockbuster réussi. Ainsi Batman Le Chevalier Noir est certes une œuvre ambitieuse dans sa volonté et modeste dans son résultat mais demeure, dans son genre, une réussite.
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