Familles (nord-) américaines en crise
Par Morgane Pichot, le 24 juillet 2009 2009 - été - 10:44
En 2006, le raz-de-marée Little Miss Sunshine avait séduit les cinéphiles du monde entier et le public français, convaincu par l’humour enjouée de cette famille à la fois si ordinaire et si déjantée qui ne cesse de remettre en cause l’Amérique profonde. Depuis, le cinéma américain, surtout "indépendant", fait imploser le cercle familial, rejoue sur le mode tragique la fin du film de Jonathan Dayton et Valérie Faris.

En 2007, les clans de jeunes "mâles" s’entretuent, les relations père-fils-frères sont conflictuelles et les amitiés viriles tournent mal : La nuit nous appartient (de James Gray), L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (de Andrew Dominik), Old Joy (de Kelly Richardt). (Voire aussi Into the Wild de Sean Penn). Sans doute, l’exemple le plus flagrant, le plus majestueux et le plus représentatif reste Shotgun Stories (de Jeff Nichols) : à la mort de leur père, six frères (deux mères pour deux générations de trois) entrent dans le cercle vicieux de la haine et de la vengeance. Ce film, paradoxalement le plus méconnu, mêle alors toutes les problématiques qu’on retrouve dans les films cités ici, et annonce le passage du conflit au deuil et du masculin au féminin. Par la suite en effet, depuis 2008 et en ce début 2009, le clan, la meute devient une cellule familiale réduite, parfois à l’infime, et majoritairement féminine. Dans Grace is Gone, la mère, officier de l’armée américaine, meurt en Irak. Son mari s’efforce de faire grandir ses deux filles sans ce pilier fondateur du foyer.

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A l’inverse, dans Sherrybaby (de Laurie Collyer), une jeune mère sort de prison (espace-temps qui, métaphoriquement, peut-être comparé à la mort, hors de toute vie sociale...) et devra, pour retrouver sa fille, l’arracher au semblant de vie familiale que son frère et sa belle-soeur lui ont confectionné. C’est Wendy and Lucy (de Kelly Richardt) qui propose le schéma le plus épuré de cette nouveau rapport antithétique entre vie sociale et vie familiale. Face à l’indifférence de sa soeur peu soucieuse de son désarroi, Wendy n’a plus que sa chienne Lucy (déjà dans Shotgun Stories, le chien était considéré comme un membre de la famille à part entière, et sa mort devait être vengé aussi bien que celle d’un frère). Mais quand l’argent et la voiture manquent, elle est contrainte de l’abandonner pour partir seule travailler en Alaska. Comme dans Into the Wild, le nord est synonyme de rupture (avec les siens, avec la ville), de solitude et de mort.

Et Story of Jen (de François Rotger), film canadien, ne le niera pas. Un père se suicide et laisse sa femme et sa fille (déjà d’origine européennes, parlant français, et trop rapprochées l’une de l’autre aux yeux des moeurs acceptées : la mère a eu Jen a 16 ans) s’enfoncer encore plus dans la marginalité (symbolisée par l’arrivée soudaine d’un demi-frère inconnu et rustre, qui après un viol, contraindra la jeune adolescente enceinte à reproduire l’histoire maternelle et à quitter les lieux).

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A la structure classique, père-mère-enfants-parfois un grand parent, s’est substituée une multitude de formes familales éclatées. L’équilibre est rompu, le foyer ne lutte plus d’un même élan contre l’adversité extérieure, il se déchire de l’intérieur. Peu à peu, le cinéma nord américain (deux films canadiens importants : Crazy et Story of Jen) métaphorise ainsi le passage de l’obsession irakienne à celle de la crise économique. L’ennemi du rêve américain et de ses valeurs vient de l’intérieur, le système financier en défaite entraine crise sociale (perte de l’emploi, du logement, des repères) et familiale. On pourrait aussi citer L’échange de Clint Eastwood, l’histoire d’une femme seule qui perd son fils en 1928, année qui précède le crash boursier de 1929... Nous verrons si l’arrivée de Barack Obama et la fin de la crise qui se profile modifient la donne cinématographique.

Images : © Zootrope Films (SherryBaby) © Universal Pictures (L’Echange)






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
- Le Ciné-Club de Caen

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Retrouvez également Vodkaster - Le blog de la cinéphilie 2.0



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