Rumba, c’est l’histoire d’un film tourné par et pour ses acteurs, un récit entre humour absurde et tragédie comique. Fiona (Fiona Gordon) et Dom (Dominique Abel), couple loufoque, partagent avec amour leur passion pour l’enseignement et la danse. Mais un soir, en rentrant d’un concours, tout bascule. En évitant un suicidaire, ils se crachent en voiture. Lui devient amnésique, elle perd une jambe…Rumba, c’est un peu la réponse à « comment faire un film amusant avec un scénario tragique ? ». Sans les couleurs (pétantes et coordonnées, pour un univers encore plus décalé, à l’image des vêtements portés par les écoliers et notre duo vedette au début du film), et toute la panoplie expressive et gestuelle donnée face caméra (au total, le long-métrage nous propose quatre beaux passages dansés, dont un très poétique en ombres chinoises), Rumba serait un banal film dramatique, l’infortuné destin d’un couple ordinaire.

L’humour ici, s’inspire toujours du tragique social et humain. Rumba prouve une nouvelle fois que c’est d’ailleurs la plus belle des façons de nous faire rire (cf. la séquence des béquilles de la maîtresse en classe). A ce sujet, le film emprunte beaucoup à l’univers d’Aki Kaurismäki. En fait, tout repose sur le jeu des comédiens qui nous offrent une leçon de mime et un hommage au burlesque. Impossible de ne pas penser à Buster Keaton devant les visages presque toujours marqués et figés de Fiona et Dom. La mise en scène s’appuie entièrement sur cette dimension, en privilégiant les cadres fixes et les plans moyens, chaque lieu devenant un espace scénique d’autant plus efficace que les détails de chaque scène comptent.
Ainsi, la composition des plans ne laisse rien au hasard. Le moindre objet du décor est posé là dans l’attente de servir, d’apporter un plus à la scène. C’est le cas du jeu autour des réveils lors du ballet nocturne auquel se livrent Fiona et Dom avant de s’endormir. Ou encore plus tard, quand le feu viendra ravager leur maison, la propagation de celui-ci se fera de tapis en rideaux, de moquettes en jambe en bois, mais toujours sur l’intervention gauche des personnages.

Rumba est un vrai film original et frais, loin des clichés que le milieu indépendant a pu développer malgré lui ces dernières années. Cependant et malgré la courte durée du film, le procédé est usant, et même si on rit plutôt beaucoup, on sort comme si de rien n’était, et c’est dommage. Car à force de légèreté et d’absurde pour dissimuler le fond tragique, on n’attend plus que les pirouettes et les « grimaces statiques » de personnages étonnants et déroutants pour faire rebondir une intrigue de plus en plus molle ou anecdotique.