Le Caïman (Un film de Nanni Moretti)
Forza Moretti
Par Julien Hairault, le 30 mai 2006 2006
Nanni Moretti, à travers ce film sublime et subtil, fait se réconcilier le cinéma et la politique. Derrière la charge anti Berlusconi, se cache un joli hommage au cinéma qui aurait mérité d’être récompensé au tout dernier Festival de Cannes.

L’excellent Silvio Orlando incarne Bruno, ex-producteur de séries B qui tente un dernier pari en montant un projet cinématographique ambitieux mais controversé. Sous son aile, il couve Teresa (très belle et convaincante Jasmina Trinca), jeune réalisatrice qui est à l’origine du scénario de cette œuvre. Et cette dernière ne raconte rien d’autre, au travers du portrait de Silvio Berlusconi, que l’histoire de l’Italie de ces trente dernières années, ...

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Le Caïman était attendu depuis longtemps de l’autre coté des Alpes. Nanni Moretti, qui s’est impliqué dans la politique de son pays il y a quelques années, ne cachait pas qu’il voulait avec ce film influer sur le cours des dernières élections italiennes qui ont vu la défaite de Silvio Berlusconi au profit de Romano Prodi. Comme il le dit lui même dans le film lors de sa première apparition (il joue le rôle d’un comédien qui refuse dans cette scène de jouer Berlusconi pour le film de Teresa et Bruno), l’Italie n’a pas besoin d’un film pour voir qu’elle est gouvernée depuis des années par un homme d’affaires sans scrupules et aux idées contestables. Alors pourquoi faire un film sur Berlusconi ?

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La question n’est pas aussi simple si on y regarde de plus près. La grande idée du film est de nous proposer la mise en abîme de la production d’une œuvre cinématographique. Aussi, Le Caïman n’est pas la simple critique d’un homme politique, mais celle de tout un pays qui a beaucoup de mal à faire remuer les choses. A la différence d’un Michael Moore qui rentre avec ses gros sabots dans des sujets brûlants sans aucun recul, Nanni Moretti profite du sous-genre du métafilm pour élaborer un discours critique sur plusieurs niveaux.

En premier lieu, il y a les propos échangés par les personnages sur Berlusconi. C’est une part de l’Italie qui prend alors la parole pour dénoncer les dérives de l’ancien chef du gouvernement. Puis d’une manière beaucoup plus frontale, Moretti filme plein cadre des allocutions télévisées de Berlusconi pour les laisser à la libre interprétation du spectateur. Nous sommes donc ainsi conviés à prendre part à ce film en réagissant à ces quelques plans qui font entrer la politique dans le cinéma. Ces deux dernières instances sont par ailleurs intimement liées quand il s’agit pour Teresa et Bruno de trouver un comédien et des fonds pour monter leur projet. Face à eux se dressent parfois des réactions de rejet qui témoignent de la crainte de s’attaquer à un tel sujet.

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Aussi Le Caïman nous raconte l’influence que Berlusconi peut exercer sur le peuple italien qui nous est montré par Moretti comme malade bien qu’ambitieux. Bruno a des problèmes de couple, et doit se réfugier tous les soirs dans les bureaux de son studio pour passer la nuit. Dans la dernière demi-heure du film, le projet de Bruno et Teresa semble tomber à l’eau. Le monde du cinéma et Berlusconi sont alors en apparence exclus du film. En apparence seulement, puisqu’on y parle avant tout de football (avec les enfants de Bruno) et d’homosexualité (la vie amoureuse de Teresa). Deux thèmes qui ont forgé la réputation de l’homme politique. Le premier lui a permis de bâtir une fortune grace au Milan AC, le second étant l’un des sujets de société auquel il aime le plus s’attaquer.

En filmant l’Italie d’aujourd’hui, Moretti nous indique que cette société est marquée par la présence d’un homme dangereux qui a toujours échappé aux condamnations judiciaires malgré les nombreux chefs d’accusation qui s’élèvent contre lui. Alors quand Teresa et Bruno ont enfin la possibilité de faire leur film, ils décident d’imaginer un procès où le chef du gouvernement serait finalement condamné. C’est alors Moretti lui-même qui incarne le rôle titre, et qui, dans un monologue final impressionnant, se charge d’incarner un homme méprisant et dangereux. A la question « Pourquoi faire un film sur Berlusconi ? », le cinéaste nous répond lui-même que ça ne peut pas nous faire de mal d’ouvrir encore un peu plus les yeux sur l’un des grands scandales politique de ces dernières années. Il a grandement raison !

Images : © Bac Films






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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