Des corps timides qui s’enlacent. Une scène d’amour pudique. Marc et Anne s’aiment. Ils veulent se marier, acheter un appartement, fonder une famille. Promesse d’une virée, qu’ils voudraient sans adieux. Mais Marc est atteint de la maladie de Hodgkin. C’est alors un long combat contre la maladie qui commence. Contre la maladie oui, mais surtout pour la vie. Anne et Marc veulent garder espoir, sourire, vivre et s’aimer toujours plus. Loin des craintes de leurs amis ou de leurs familles respectives, ils se baladent amoureusement entre l’hôpital et leur appartement, où les nuits d’amour s’enchaînent au gré des dernières semaines.Voyage au cœur d’un quotidien terne et triste. Déchirés par la nouvelle, les deux amants pleurent, ils ne peuvent cacher leur crainte. Marc se veut pourtant plein d’espoir, et c’est avec des trémolos plein la voix qu’Anne promet au médecin de soutenir son compagnon « sans craquer ». C’est alors qu’elle reçoit des amis larmoyants et inquiets, étonnés de sa force et de son enthousiasme. La première bataille est gagnée. Marc rentre à la maison. S’ensuit alors des nuits d’amour passionnées. Ils se rapprochent de plus en plus. Mais Marc, enfermé dans son corps malade se sent coupable de ne pas pouvoir combler la femme dont il est éperdument amoureux. Des discours rassurants, des gestes tendres et affectueux. Mais très vite nous voyons à l’écran une garde malade dont la force n’a plus rien d’exemplaire, et un malade qui s’efface de plus en plus jusqu’à disparaitre totalement. Nous avons de plus en plus de mal a croire en cette histoire d’amour qui perdure malgré les aléas de la maladie, en cet espoir qui devient, au fur et a mesure du film de plus en plus agaçant, en ces corps en sueurs qui deviennent détestables.

Le film s’engouffre dans une voie sans issue qui annonce inexorablement la mort de Marc. Une mort joyeuse, tout en discours, faîte de faux semblants. Un au revoir solennel et amoureux, mais qui n’en n’est pas plus crédible. Les cendres dans la mer et le tour est joué. Une fin attendue, pressentie et qui malheureusement sonne faux. Largement autobiographique, ce film parle de la maladie, de la mort, de l’amour, mais reste en surface de tout, alors que l’on sent parfois émaner la force dramatique qu’il contient. Il n’y a pas assez de place pour les réactions spontanées, les compromis. Ici, les gens pleurent à chaudes larmes ou se cachent derrière un sourire factice. Les personnages sont outrancièrement lisses, ils n’ont aucune épaisseur. Nous apprenons simplement, par quelques dialogues maladroits, de minces précisions sur leur histoire individuelle, comme par exemple Marc, qui entre sa voiture et son lieu de travail, annonce a Anne qu’il veut un enfant, une chance pour lui de donner a quelqu’un ce qu’il n’a pas eu durant son enfance difficile. Au fur et à mesure, les choses vont et viennent et les personnages se délitent. Ils ne deviennent plus que des fonctions agissant pour le bien du malade. A force de se cacher, nous les oublions. C’est humain, aussi.
C’est donc un film très décevant que nous offre René Féret. Bien qu’issu d’une veine réaliste, il réalise ici une fiction sur un thème relativement dramatique, celui de la maladie, que nous resservent inlassablement les cinéastes français, en oubliant un détail, celui de la crédibilité. Certaines choses, pourtant bien réelles, ne peuvent être rendues de manière efficace à l’écran. La fiction les rend parfois peu crédibles et réalistes.