Oliver Twist (Un film de Roman Polanski)
Héroïque passivité
Par David Honnorat, le 21 novembre 2005 2005
En adaptant l’un des chefs-d’oeuvre de Charles Dickens, Roman Polanski s’est placé là où on ne l’attendait pas forcément. Cette idée saugrenue vient en fait de la femme de Polanski : Emmanuelle Seignier.

Oliver Twist doit son nom à l’ordre alphabétique. C’est un petit orphelin anglais qui débarque à Londres et est vite initié à la fauche par Fagin un vieillard bien connu pour les jeunes pick-pockets qui sont à son service. Parce que trop naïf et trop plein de bonté, Oliver se retrouve alors confronté à de multiples difficultés.

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Mais Oliver n’est pas un héros, tout au long du film les multiples rebondissements sont subis par le personnage, et s’il s’en sort à chaque fois, c’est uniquement par chance et grâce aux autres. Ainsi, dans une interview donnée au magazine Premiere, Polanski explique : "C’est le destin qui décide de son avenir. [...] Au moment où le vieux juge va signer l’acte qui enverra Oliver comme apprenti chez un ramoneur, il saisit sa plume mais l’encrier ne se trouve plus à sa gauche comme d’habitude, il a été déplacé à droite. C’est à ce moment, parce que l’encrier a bougé, que le juge aperçoit la tête du petit Oliver qu’il ne s’était même pas donné la peine de regarder jusqu’alors. Et c’est à ce moment-là qu’il décide, ému, de ne pas l’envoyer dans cette galère.". Tout au long du film ce genre de détail sauve la mise au jeune orphelin et le récit se concentre de plus en plus sur ces détails et sur les autres personnages qui se démènent autour d’Oliver. Si bien que pendant de longues séquences, en particulier à la fin, celui qui est pourtant sensé être le personnage principal est absent de l’écran.

D’un point de vu formel l’Oliver Twist de Polanski est une réussite. Les décors et les costumes sont somptueux, la photo ocre sombre convient parfaitement au récit, et la musique est magnifique. La musique, on peut s’y attarder un moment car c’est sans doute la principale réussite de ce film, parvient à retranscrire cette atmosphère romanesque particulièrement britannique qui s’installe généralement à la seule évocation du nom de Dickens.

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Alors certes la brume est là sur London Bridge, mais curieusement la magie n’opère pas. Les mésaventures de Twist ne nous touchent guère, peut-être parce que sa passivité s’accorde mal avec le caractère épique du film. Sans doute dans un souci de sobriété, Polanski n’a pas forcé les traits des différents personnages. En effet, la passivité d’Oliver Twist est compensée par la férocité et l’intransigeance des autres personnages (c’est ce qui assure la dynamique du récit), mais cette férocité est malgré tout insuffisante. Abusant de mièvrerie, le film se prive de la magie qui aurait du faire son charme.

Dernier point, s’il est vrai que l’acteur Ben Kinglsey, avec le rôle de Fagin, fait une nouvelle fois la démonstration de son statut d’acteur caméléon, le simple fait qu’avant de s’attaquer à Oliver Twist Polanski avait déjà réalisé des films aussi divers que Rosemary’s Baby, Repulsion ou The Pianist nous permet de parler aussi de cinéaste caméléon. Malheureusement il semble que certaines couleurs lui vont moins bien au teint.

Images : © Pathé Distribution






Pour la sortie du nouveau film de M. Night Shyamalan, l’excellent Phénomènes, la rédaction de Fin de Séance a concocté un nouveau Top 5 sur le thème du suicide :

  1. Les ados de Virgin Suicides de Sofia Coppola
  2. Le culte Harold et Maude de Hal Ashby
  3. Le suicide de Belmondo dans Pierrot le fou de Jean-Luc Godard
  4. L’honneur des soldats japonais dans Lettres d’Iwo Jima de Clint Eastwood
  5. Le suicide de Grosse Baleine dans Full Metal Jacket de Stanley Kubrick

Sans oublier le méconnu Suicide Club de Sion Sono, et l’hommage rendu à Kurt Cobain par Gus Van Sant dans Last Days



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
- Le Ciné-Club de Caen

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