Virgil Code et Everett Hitch sont deux marshals qui font respecter l’ordre dans des villes livrées aux brigands et aux malfrats. Leur passage suffit à rétablir la loi et de bonnes conditions de vie. Appaloosa, une petite ville minière, va faire appel à ces deux hommes pour éradiquer une menace du nom de Randall Bragg.Présenté en avant-première lors de la 34ème édition du festival américain de Deauville, Appaloosa, est le second long métrage d’Ed Harris. Habitué à être devant la caméra, il nous offre un film d’un genre qui se fait malheureusement trop rare au cinéma : le western.
La véritable dernière expérience d’un western sur grand écran était le film de Jim Jarmush intitulé Dead Man avec comme tête d’affiche Johnny Depp. A l’époque, Jarmush ne nous offrait pas un film répondant à des codes bien précis, mais en se servant d’une esthétique particulière (le noir et blanc), des thèmes comme l’union de l’Homme et de la nature et en se documentant précisément sur les indiens n’hésitant à employer de véritables dialectes.

Ed Harris, lui, n’est nullement dans cette optique et nous offre à voir un film répondant à certains codes classiques comme la ville se trouvant dans une zone désertique, une présentation du saloon etc. Le film a un souci majeur qui est celui de se concentrer en seulement quelques séquences fortes comme celle qui ouvre le film avec ce Jeremy Irons vieillissant, qui dans une sorte de quasi-mutisme, tue de sang-froid le shérif et ses adjoints. Il y a également celle de l’arrivée du duo au saloon lors de leurs premières altercations avec les adjoints de Bragg. Cette haine et cette violence subite ne se fait pas ressentir tout au long du film même dans les rapports amoureux ou amicaux. Cette violence n’arrive pas à percer les plans, le montage, la violence apparaît consciente pour venir s’immiscer de manière inconsciente dans les rapports humains.
Le personnage de Renée Zellwegger n’est ici que pour semer la zizanie au sein du duo. Avant-même qu’elle n’apparaisse dans un petit coin du plan, nous connaissons déjà ses intentions et il aurait été plus plaisant de l’utiliser à d’autres escients que celui de refléter la quantité industrielles de clichés qu’elle représente.

Le personnage de Randall Bragg, sur la fin du film, représente cette veine de personnages fatigués qui n’ont plus cette force et cette énergie pour affronter la vie. Car les personnages décrits par Ed Harris sont des héros qui arrivent sur la fin de leur parcours, ils sont rongés par cette violence qui ne fait plus d’eux des hommes. Concernant Everett, ce dernier n’a pas le même statut car il n’est qu’au début de son périple. D’ailleurs, la séquence finale exprime bien cela avec ce plan où nous voyons Everett partir à cheval vers des contrées lointaines. Ce n’est pas uniquement la séparation du duo qui est représentée ici, mais bel et bien le début d’un long et grand voyage violent pour lui. Désormais c’est à lui de s’enivrer de la violence, de se nourrir de ces moindres particules car au fond ce qui nourrit l’Amérique depuis des générations, c’est bel et bien la violence. Consciente puis inconsciente cette dernière arrive à perturber les rapports humains sans pour autant faire des ravages au niveau de l’esthétique du film, il y a donc un déséquilibre à ce niveau, ce qui est dommage.
« Les choses visibles ne prennent pas fin dans l’obscurité et le silence – elles s’évanouissent dans le plus visible du visible : l’obscénité », ici il s’agit d’une obscénité inconsciente de la violence.