"Hôtel Woodstock", "Le Petit Nicolas", "Un prophète", "Non ma fille ..." & "Fish Tank" (Notules, Septembre 09)
Par La Rédaction, le 29 septembre 2009 2009 - automne - 18:55
Retour rapide sur quelques films ayant fait parler d’eux à la rentrée, avec dans l’ordre le décevant "Hôtel Woodstock" d’Ang Lee, l’événement "Un prophète" de Jacques Audiard, l’inutile "Petit Nicolas", le dernier (télé)film de Christophe Honoré, et l’agréable "Fish Tank" de l’anglaise Andrea Arnold.

HÔTEL WOODSTOCK d’Ang Lee

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Il y a de quoi être déçu par le dernier long-métrage d’Ang Lee, qui n’arrive jamais à vraiment accrocher le spectateur à sa démarche pourtant alléchante de nous raconter les coulisses de Woodstock. Eliott, décorateur d’intérieur à New-York, revient aider ses parents, tenanciers d’un motel dans la ville de Bethel, pendant l’été 1969. Pour booster l’économie locale et l’activité du commerce familial, il propose d’accueillir l’organisation de ce qui restera le plus grand concert rock de toute l’histoire : le Woodstock Festival, "trois jours de paix et de musique". De ce point de départ, le cinéaste chinois décide de mélanger la grande et la petite histoire, celle de cette famille juive dépassée par les événements et qui se déchire pour de l’argent. Imelda Staunton, révélée par sa composition (à mon sens insupportable) dans Vera Drake, récidive ici dans l’insoutenable dans le rôle de la mère juive près de ses sous et toujours traumatisée par le souvenirs de la seconde guerre mondiale. D’une manière générale, le segment intimiste/familial du film est trop romancé pour pleinement être convaincant. Nous reste alors l’aspect coulisses du festival. Cette partie, plus intéressante, remplit largement son ambition première qui est celle de renseigner le spectateur sur la façon assez extraordinaire dont s’est montée cette manifestation pacifiste. Reste qu’Ang Lee n’ose pas, à l’image de Gus Van Sant dans Harvey Milk, marier les images d’archives avec celles de sa fiction. Son récit a alors du mal à prendre de la hauteur. Au final Hôtel Woodstock est une chronique sympathique d’un événement qui le fut, semble t-il, tout autant. Rien de plus.

par Julien Hairault

UN PROPHETE de Jacques Audiard

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Dire d’Un prophète qu’il sera le film français de l’année, ce n’est pas prendre un gros risque compte tenu d’une concurrence un peu ridicule ces temps-ci. Le Grand Prix du Jury du dernier Festival de Cannes représentera d’ailleurs la France aux Oscars cette année. C’est un moindre mal pour cette fable violente plongée dans le milieu carcéral aux côtés du jeune Malik, un arabe analphabète qui finira par devenir un gros caïd, après différentes étapes martelées par un scénario en béton armé : bizutage, initiation, assimilation, passage à l’acte ... Sorti à la fin de l’été, tout a déjà été dit ou presque sur ce film impressionnant. Le jeune comédien Tahar Rahim est en effet une singulière découverte. Audiard n’est pas le plus gauche des cinéastes européens, malgré quelques tics agaçants (filmer le vent dans les feuilles quand un personnage trépasse, le clip hip-hop, le monologue un peu ridicule de Niels Arestrup...). Et l’implacable maîtrise du scénario nous conforte dans l’idée qu’en France, on peut et sait encore raconter de grandes histoires. A ce propos, il nous tient à cœur de préciser qu’Un prophète n’est pas un film réaliste au sens où il pourrait nous documenter sur la vie en prison. Le laxisme ambiant sur les conditions de détention des corses (au fait, n’y a t-il que des corses et des arabes dans nos prisons ?) suffit à prouver qu’Audiard a clairement voulu mettre en scène une FABLE, et rien d’autre. L’ascension de Malik est un conte initiatique, la chevauchée fantastique d’une petite frappe devenue grande par dessus les lois. Un conte de fée des temps modernes, bourré de mysticisme (le fantôme, les cerfs) et d’une violence crue.

par Julien Hairault

LE PETIT NICOLAS de Laurent Tirard

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Il n’y avait pas grand chose à attendre de cette adaptation pourtant très attendue du Petit Nicolas de Sempé et Goscinny. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat final est d’une grande pauvreté d’ambition, donnant l’impression de voir la bande-annonce du film étirée sur 90 minutes. Sans revenir sur les tenants et les aboutissants d’un scénario qui semble par ailleurs ne même pas s’intéresser à ses propres personnages, on retiendra que malgré l’absence de marqueur temporel net (ça se passe dans les années 60, et puis c’est tout), Laurent Tirard se garde bien d’évoquer, même de très loin, un climat social et/ou politique quel qu’il soit. Autrement dit, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, et si l’on pouvait revenir à certaines valeurs du passé, ça ne serait pas plus mal. Au passage, le clin d’œil aux Choristes souligne bien une tendance nauséabonde du cinéma français à mettre dans la lumière ces vieilles histoires insignifiantes, et à nous faire croire qu’il n’y a même pas cinquante ans, il n’y avait ni noir ni arabe dans les rues et écoles parisiennes... Cette pauvreté d’esprit n’est rien comparée à la forme hallucinante de ce métrage, qui réussit le coup d’éclat (d’état s’il s’agissait d’un autre petit Nicolas) de broder sur 90 minutes une montagne d’idées publicitaires et de clip. Totalement dispensable !

par Julien Hairault

NON MA FILLE, TU N’IRAS PAS DANSER de Christophe Honoré

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Avec Non ma fille, tu n’iras pas danser, Christophe Honoré crée un tryptique déconcertant, souvent osé, parfois agaçant. Dans une première partie à la campagne, il nous dévoile une Chiara Mastroianni mère de deux enfants, luttant intérieurement et extérieurement entre ses exigences d’autonomie et ses angoisses solitaires, refusant le soutien maladroit d’une famille qui aimerait tant la voir de nouveau emprunter le "droit chemin". S’ensuit une longue, trop longue, séquence de mise en abîme, où comment l’insertion dans le métrage d’un conte breton sert de métaphore synthétisant les questionnements et les limites des choix du personnage interprété par Mastroianni. Enfin, le retour à Paris finit d’étouffer le destin et le portrait de cette femme et de cette mère esclave de sa soif de liberté.

par Morgane Pichot

FISH TANK d’Andrea Arnold

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Le second film d’Andrea Arnold (après Red Road, déjà récompensé du Prix du Jury à Cannes il y a quelques années) entretient la fibre sociale d’un cinéma britannique quasiment exclusivement concentré sur le mal-être des siens... Mia (épatante Katie Jarvis), une adolescente rebelle qui ne trouve de satisfaction que dans la danse hip-hop et ses confrontations avec sa mère célibataire (Kierston Wareing), tombe sous le charme du nouvel amant de celle-ci (le toujours grandiose Michael Fassbender). La relation, d’abord platonique, deviendra physique le temps d’un dérapage nocturne, et le cours des choses en sera changé à jamais. Andrea Arnold filme avec beaucoup de tact une banlieue anglaise où la pauvreté (autant financière qu’intellectuelle) transpire des murs et des immeubles, à l’image d’une musique diégétique omniprésente et en provenance des appartements. Voilà pour les réjouissances. Au menu des points qui fâchent, on sera gré à Andrea Arnold de ne plus s’embêter (et nous avec) à l’avenir de quelques tics de mise en scène hors de propos, comme cet insignifiant ralenti sur la petite fille qui tente d’échapper en courant à la folie de Mia, ou encore tous ces plans de coupe dont l’accumulation mène à l’overdose. Sans ça, le film n’aurait rien perdu de sa sèche et fascinante brutalité réaliste, où la beauté virginale de Katie Jarvis côtoie la cruauté des Hommes.

par Julien Hairault

 






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
- Le Ciné-Club de Caen

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Retrouvez également Vodkaster - Le blog de la cinéphilie 2.0



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