Slumdog Millionaire (Un film de Danny Boyle)
Il était une fois en Inde
Par Clémentine Delignières, le 19 janvier 2009 2009
Golden globes du meilleur film dramatique, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario et de la meilleure musique… Slumdog millionaire a raflé la mise. Entre paillettes télévisées et bidonville, entre Bollywood et culture occidentale, Danny Boyle signe un film hybride.

« What a show ! », s’exclame le présentateur de la version indienne de Qui veut gagner des millions ?. Le candidat Jamal Malik, âgé de 18 ans, est un pauvre garçon issu des bidonvilles de Mumbay. Un « slumdog », qui réussit là où les intellectuels échouent... Soupçonné de tricherie, Jamal est interrogé par la police. Débute alors un flashback : retour sur les questions posées par le présentateur, retour sur les douloureux événements de sa vie qui lui ont permis de répondre juste, retour sur la femme qu’il aime et qu’il souhaite retrouver.

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Lorsque le petit écran s’invite au sein du grand, le résultat est troublant. Heureusement, Danny Boyle est cynique face à cette société fan de jeux télévisés, de sommes astronomiques distribuées à tout va. Le spectateur veut du spectaculaire ? Bien, mais il ne regarde pas au bon endroit : ce n’est pas à travers le petit écran qu’on en voit le plus, mais à travers la vie d’une personne que l’on croyait insignifiante. Les événements racontés sont forts ; la réalisation s’en empare pour en faire un « show » : couleurs vives, violence, rapidité des images, gros plans, filmage de travers. Bollywood est passé par là, Danny Boyle en fait ouvertement référence.

Les coïncidences, en particulier pour les questions du jeu télévisé, sont invraisemblables. Le but du scénario (tiré d’un roman à succès de Vikias Swarup, Les Fabuleuses Aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire) n’est visiblement pas le réalisme. Pour pleinement apprécier le film, mieux vaut le voir à la manière d’une jolie fable, comme arrosée à la sauce Walt Disney -en plus violent. Jamal nous rappellerait presque Aladin : un jeune garçon des rues au cœur pur qui, aidé par sa bonne étoile, trouve l’amour et la richesse.

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Le film s’ouvre et se clôt sur une question, que l’on retrouve sur l’affiche : « Comment Jamal Malik a-t-il atteint la question à 20 millions ? A- Il a triché, B- C’est un génie, C- Il est chanceux, D- C’est son destin ». La réponse juste est la dernière, évidemment. Jamal est protégé par le ciel, pour obtenir l’amour qu’il désire et, par-dessus le marché, des millions. Avec l’aide des puissances supérieures, rien n’est impossible pour le gentil héros qui a tellement souffert dans le passé. Il suffit d’y croire, encore.

Toutefois, si Slumdog millionaire parle d’argent, ce n’est que pour minimiser son impact. La pauvreté dans les rues de Mumbay est insupportable, certes. L’horreur de la vie des gamins sans le sou est soulignée, incontestablement. Mais Jamal ne s’inscrit pas à Qui veut gagner des millions ? pour des roupies. Il garde l’espoir d’être vu par son amour, fidèle téléspectatrice. Ainsi, l’opération suicide de son frère Salim, dans une baignoire remplie de billets, est marquante… La vraie richesse est ailleurs, dans le cœur de celui des deux frères qui a su rester intègre. Le reste n’est que vanité.

Par ces temps de crise économique, Slumdog millionaire croit au destin et à l’amour, tout en minimisant le rôle de l’argent. C’est naïf, d’accord. Mais c’est aussi plein d’espoir.

Images : © Pathé Distribution






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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