Le terme de Mafia est source de débat concernant son étymologie, mais il reste dans l’imaginaire collectif associé à l’Italie. Michele Placido réalise ici une fresque historique sur fond de crime organisé (ou l’inverse) 100% italienne.Quelques gamins jouent aux voyous ; avec une voiture volée ils forcent un barrage de police. L’épisode déterminera leur vie d’adulte, une vie de criminel dans l’Italie des années de plomb. Adapté du roman éponyme de Giancarlo De Cantaldone, Romanzo Criminale raconte l’histoire de jeunes gens qui, à la suite du kidnapping d’un notable, décident de rester associés et d’investir les fonds récoltés dans le contrôle de la criminalité romaine. On assiste vite à une séquence de "nettoyage" qui rappelle la grande scène du baptême à la fin du Parrain.

Film sur le crime organisé, Romanzo Criminale se penche sur les relations d’amitié et de confiance qui animent des hommes réunis et divisés par les enjeux de leurs agissements. Sexe, drogue, argent et pouvoir se placent à la fois comme les justifications de leurs activités et de leurs discordes. Si le récit s’organise autour des relations entre les personnages, et les différentes péripéties (meurtres, trahisons...) en garantissent la tension, le film se distingue en abordant deux thèmes périphériques. Il est d’abord question tout au long du film, et au travers de la représentation de l’événement précurseur, des stygmates de l’enfance. L’usage multiple du flash-back et sa réinterprétation visuelle à la fin du film soulignent l’importance du traumatisme causé par l’épisode montré dans la première scène du film. Deuxièmement, le film donne une grande importance au cadre socio-politique en faisant notamment usage de quelques images d’archives. L’omniprésence des événements qui ont marqué l’Italie de l’époque et le doute laissé sur l’implication des personnages dans ces événements (l’attentat de la gare de Bologne par exemple) témoignent de la volonté d’inscrire son film dans une réalité.

C’est précisément l’aspect historique du film qui est le plus intéressant. Curieusement cependant, le contexte historique ne semble pas influencer les actes des personnages, c’est au contraire les personnages qui agissent sur le cours de l’histoire. Retournement intéressant si l’on compare Romanzo Criminale aux références du genre. En effet, Il était une fois en Amérique est un retour en arrière, un appel à la mémoire pour témoigner de ce qui a pu déterminer le personnage de Noodles (le contexte historique est ainsi présenté comme un élément déterminant). Dans Romanzo Criminale au contraire, le film s’ouvre sur l’enfance des personnages, enfance qui, précisément va déterminer l’histoire. Dans Le Parrain, 2e Partie où il est question notamment de la révolution cubaine, l’aspect historique a encore un autre rôle, il s’agit de participer directement à l’intrigue, les personnages sont en lutte continuelle avec l’Histoire.
Finalement le film se présente comme une fresque presque documentaire, or, et la dernière scène semble le confirmer, le vrai sujet du film est contenu dans la fuite des jeunes héros poursuivis par la police. Fuite lâche de l’abandon et de la trahison ou fuite héroïque et collective ? Une question finalement que le film tarde à se poser. Résultat de trop de maniérisme, Romanzo Criminale séduit par la qualité de l’interprétation et l’efficacité du récit historique, mais déçoit par un manque de style (la présentation des personnages et l’utilisation de la musique frisent le mauvais goût) et un fond psychologique inexploité.