Cloverfield (Un film de Matt Reeves)
Impressionnante surimpression
Par David Honnorat, le 17 février 2008
Quelques temps après le décevant Je suis une légende, New-York est de nouveau confrontée à l’apocalypse. Un monstre mystérieux va mettre la ville à feu et à sang et nous assistons au massacre, comme pris dans la course étrange des deux pistes numériques d’une caméra amateur, spectatrice du chaos.

Dans l’objectif d’une caméra DV, donc, le jour se lève sur Central Park. La légère brume qui recouvre le rectangle feuillu au coeur de Manhattan participe au calme ambiant. On le sent bien, il s’agit du calme avant la tempête. Ambiance ouatée du petit matin, avant que la Big Apple ne s’éveille et s’ouvre à son tumulte quotidien, ambiance tranquille et souriante de ce couple de jeunes New-Yorkais avant la préparation d’une fête de départ prévue pour durer jusqu’au bout de la nuit, calme insouciant d’une ville qui en se réveillant ne sait pas encore ce qui l’attend.

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La mise en situation de Cloverfield évoque tant le 11 septembre qu’on pourrait croire le film antérieur aux attentats. Du temps ou Hollywood imaginait à la chaîne l’Amérique frappée par les pires catastrophes (Armageddon, Volcano, Independance Day, Godzilla, Daylight...), mais chaque fois sauvée par le courage — souvent patriotique — d’un homme qui défiant les systèmes de sécurité inefficients accomplissait in extremis le miracle. Or ce matin de 2001 a changé beaucoup de choses, le scénario implacable s’est à la fois avéré tristement prémonitoire et terriblement insuffisant. Au-delà des ressemblances, on perçoit donc dans Cloverfield ce qui a changé depuis. Le film se place ainsi directement dans la lignée de Signes et de la Guerre des mondes dans lesquels il ne s’agit pas, pour le personnage principal, de sauver le monde, mais de sauver sa peau et celle de ceux qu’il aime face à une menace dont on ne sait pas grand chose.

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Ignorance et instinct de survie posent ainsi les jalons d’un nouvel héroïsme qui donne lieu à un courage improvisé, affectif et désespéré. Cette impression est d’ailleurs amplifiée par le choix de mise en scène de Matt Reeves : tout ce que l’on voit dans Cloverfield a été enregistrée par la caméra qui passe entre les mains des différents personnages. Mais si l’effet d’immersion ainsi obtenu est effectivement saisissant (notamment au début ; une scène extraordinaire dans laquelle la tête de la Statue de la Liberté vient s’écraser au milieu d’une rue), ce choix constitue par la suite un frein à l’intensité de certaines scènes (le sauvetage au sommet des deux immeubles aurait sans doute gagné à être filmé de différents points de vue).

L’une des réussites de Cloverfield est toutefois de n’avoir pas limité le procédé à son rôle émotionnel. Tout d’abord, en réduisant à l’extrême le point de vue, Reeves nous associe efficacement à l’état d’incompréhension dans lequel sont plongés les personnages. D’autre part, la cassette sur laquelle s’enregistre le film contenait déjà une piste, une journée en amoureux, dont on voit quelques bribes à l’occasion de diverses sautes et manipulations de l’appareil. Cette surimpression numérique est l’occasion d’une mise en abîme intéressante sur le couple dont la relation sert de fil conducteur au film. Dans la lutte que se livrent les images, on retiendra finalement celle qui reste — la dernière — résultat cynique de la coïncidence des pistes donnant lieu à un bilan pour le moins décalé de la jeune femme : « C’était une belle journée ! ».

Images : © Paramount Pictures France






Auteur d’une performance exceptionnelle dans le nouveau film de P.T. Anderson, Paul Dano était jusqu’à aujourd’hui connu comme "celui qui ne parle pas dans Little miss sunshine". Il sera désormais le pasteur prêcheur de There will be blood. 5 autres grands personnages empreints "d’une certaine religiosité" :

  1. Robert Mitchum dans La nuit du chasseur
  2. Gérard Depardieu dans Sous le soleil de Satan
  3. Mel Gibson dans Signes
  4. Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction
  5. Jeremy Irons dans Mission


Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
- Le Ciné-Club de Caen

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