Doute (Un film de John Patrick Shanley)
Je suis donc je doute
Par Chloé Pangrazzi, le 28 février 2009 2009
John Patrick Shanley est un dramaturge reconnu dans le monde anglo-saxon grâce au succès de sa pièce de théâtre « Doute » créée en 2005. Cet auteur, également scénariste, prend l’initiative de transposer sa pièce sur grand écran. Brooklyn dans les années 50, sœur Aloysius, une nonne tyrannique, dirige son école d’une main de fer. Elle soupçonne le père Flynn d’avoir abusé d’un des élèves de la paroisse. N’ayant pas assez de preuves pour procéder à son renvoi, elle se lance dans une lutte effrénée pour la vérité.

C’est dans un univers clôt que va se dérouler cette intrigue. Une école religieuse dirigée par une sœur intransigeante (Meryl Streep) et où les enseignants se veulent compréhensifs, aimants et surtout modernes. Des enfants joueurs, turbulents, circulent dans les couloirs de cette école vieillotte. La vie de cette petite institution suit son court, jusqu’au jour où la sœur Aloysius voit confirmer ses doutes par la naïve et idéaliste sœur James, qui, bouleversée confesse à sa supérieure une scène dont elle n’aurait préférée ne pas être témoin. Cette nonne inquisitrice commence alors sa lutte pour le bien en essayant à tout prix de faire muter le père réformateur.

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C’est sans aucun doute un film qui pose les questions fondamentales subjacentes à la religion. John Patrick Shanley traite du doute, des soupçons, de la perversion, de la frontière entre le Bien et le Mal, sur un fond de réflexions théologiques. Mais entre les suspicions de la sœur Aloysius et les sermons du père Flynn, le film se laisse malheureusement entraîné dans l’engrenage d’une intrigue facile. Même s’il laisse planer une ambigüité savoureuse, on regrette une écriture plus profonde. En effet les divers apartés qui unissent et partagent les deux protagonistes, tantôt feutrés, tantôt violents, sont très intéressants mais auraient mérité un traitement plus cinématographique, car la mise en scène reste très théâtrale et rend l’enjeu dramatique moins fort. Il en est de même pour la question du Doute, qui fait l’objet même de cette réalisation et qui ne tient malheureusement qu’à des dialogues dont l’interprétation est très simple et ce tout au long du film. Le doute qui met à mal la foi des croyants, celui qui pervertit, ou encore celui qui entraîne des actes pas très catholiques etc.…

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Les personnages qui auraient dus portés l’ambiguïté sous leurs soutanes, sont eux aussi assez décevants, très caricaturaux. Même lorsque les rôles semblent s’échanger, le temps d’un entretien, ils restent très manichéens quand nous attendons un rebondissement dans cette intrigue un peu plate. Malgré tout, le talent (incontestable) des deux acteurs, Meryl Streep et Philip Seymour Hoffmann, prend parfois le dessus et offre quelques belles scènes. Le personnage de Sœur James, bien que pas assez exploité, reste intéressant, c’est l’élément charnière, celui qui provoque en nous le soupçon pour la première fois. Elle nous livre l’ambiguïté manquante, en jouant le rôle de l’arbitre entre les deux protagonistes, trop occupés à la course aux arguments pour offrir ce que l’on attendait d’eux. Sœur James est au contraire un peu en retrait tout en étant un acteur principal de cette affaire. Elle reflète à elle seule le doute entre la croyance, la foi et la recherche de la vérité qui la pousse à soupçonner et être témoin d’un événement des plus sordides.

En somme, John Patrick Shanley nous offre un film un peu décevant, dans la mesure où l’on sent le potentiel et la force qu’il aurait pu délivrer. L’héritage du théâtre ce sent à chaque plan et les amoureux du cinéma risquent d’en ressortir quelque peu frustrés.

Images : © Walt Disney Studios Motion Pictures France






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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