Vincent Rousseau dirige pour la première fois une colonie de vacances et se retrouve plongé pendant trois semaines dans l’univers des colos avec petites histoires et gros soucis à la clef ! Vincent se retrouve alors confronté à la vie mouvementée du camp, de ses animateurs plus ou moins professionnels et des ados pas toujours évidents à gérer...La santé de la comédie française est assez paradoxale : derrière les cartons commerciaux qu’ont réalisés successivement Les Bronzés 3 ou Camping se cache une misère sans nom. Qu’en est-il de Nos jours heureux, qui, aux vues des annonces, ne se présentait comme rien de plus qu’un fade mélange de choristes et de bronzette ? Et bien que de bonnes choses car il s’agit certainement de la meilleure comédie populaire de l’année avec OSS 117.

Organiser un film autour d’un concept comme la colonie de vacances demande déjà qu’on s’y situe. Quelles ouvertures ? Quelles contraintes ? Dans Nos jours heureux, il sera fait de la colonie comme un subtil outil spatial qui ne demande rien d’autre que d’être lui même. Ainsi le film commence là où commence une colonie de vacances, sur un quai de gare, et s’y termine sans jamais s’égarer dans une quelconque métaphore ou projection sur un monde extérieur. Théorie d’un lieu objet donc mais aussi d’un temps objet : l’action se déroule en 1992, soit dans un passé très proche. Pourquoi donc ? Cette astuce temporelle semble avoir plusieurs raisons possibles : la première, évidente, est une astuce de dénouement extremement ingénieuse, la deuxième est de contrer indirectement une incapacité à filmer une jeunesse contemporaine, puisque paradoxalement, les cinéastes ne filment pas les enfants d’une colonie mais les moniteurs, soit des "anciens qui étaient jeunes il y a quinze ans". Il s’agit de travailler sur un état des souvenirs de la jeunesse. Aucun concept pompeux donc, mais quelques astuces idéales pour enrayer sur un travail sur le comique et les acteurs.

La répartition du jeu d’acteur se fait en transparence de celle des personnages et de leur importance. Jean-Paul Rouve, incarnant le personnage principal, se voit monopoliser l’écran au début du film, expliquant à la fois aux autres (moniteurs et enfants) comment se déroule la colonie, et véhiculant simultanément un jeu soigné, qui glisse dans les difficultés des personnages légèrement typés qui peuplent Nos jours heureux. Ce typage est utilisé encore une fois sous forme d’outil, et on s’en sert pour le travailler et le transcender. Chaque acteur, de Omar Sy à Jean Benguigui, creusera son personnage pour l’épuiser et le dépasser. L’organisation des rôles se fait donc progressivement autour de Rouve, chacun gagnant son temps dans le cadre au prix d’un échange avec les autres personnages. En effet, un des atouts de Nos jours heureux est de ne jamais isoler ses personnages pour les forcer et les rendre grossier, comme c’est souvent le cas dans les comédies populaires. Au contraire, étant toujours en contact avec les autres et dépendant constamment d’eux, ils sont tous animés d’un même feu ardent qui fait briller le film. Le travail de dépassement du typage amène à un étonnant feu d’artifices, non de rebondissements attendus, mais de métamorphoses de personnages à la fois crédibles et drôles. Ainsi en va-t-il de Caroline, jouée par Joséphine de Meaux qui jouera une moitié du film en retenue et l’autre en éternue, qui translate son mutisme et son absentéisme dans le récit vers une prestence oratoire marqué et une présence qui s’averera décisive et drôle. Et il en de même pour de nombreux personnages enfants comme Guillaume ou Timoty.
Un film populaire se devant de répondre à un certain pacte avec le public, Nos jours heureux n’échappe pas à la règle. En somme aucun personnage ne peut mal tourner et pour chacun se concocte une happy-end. Mais le résultat étant toujours connu ou attendu, le moyen d’y parvenir est souvent assez habile et original. Une forme de comique se crée dans ses espaces où personnages, lieux et actions sont entendus et où la situation devient maléable à souhait. Ainsi en va-til de la réhabilitation de Guillaume autour d’un feu de camp grâce à une chanson motown jouée à la guitare, ou de la rencontre de Jean Benguigui avec les inspecteurs, et pour tout dire, de beaucoup de passages d’un film vraiment drôle. Si, enfin, le montage est très narratif et le travail de cadre parfois approximatif, c’est plutôt afin de laisser les comédiens conduire le film et lui donner son rythme.