Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal (Un film de Steven Spielberg)
Jeux d’enfants
Par Julien Hairault, le 23 juin 2008
Dix-neuf ans après La Dernière croisade, Steven Spielberg, George Lucas et Harrison Ford reviennent nous conter les nouvelles aventures d’un Indiana Jones vieillissant mais qui n’a pas dit son dernier mot. Dans ce quatrième opus, le spectateur suit le professeur Jones (l’éternel Harrison Ford) en Amérique du Sud, à la recherche d’un crâne de cristal, en compagnie d’un jeune effronté qui s’avérera être son fils (Mutt, Shia LaBoeuf). Face à eux se dressent quelques sbires de Staline, en tête desquels Irina Spalko, jouée par la magnifique Cate Blanchett

Spielberg n’avait rien tourné depuis Munich il y a deux ans. Il faut dire que ce quatrième volet d’Indiana Jones a dû lui prendre pas mal de temps, et demander énormément d’efforts. Très honnêtement, on ne saurait vous conseiller d’aller voir ce long-métrage pour autre chose que sa brillante mise en scène et la monstruosité de ses effets spéciaux, tout simplement splendides. Car pour le reste, la déception est de taille. Indiana Jones et le royaume de cristal est certes un film fun, une sorte de grand-huit qui balance le spectateur en enchaînant les scènes spectaculaires et les petits hommages aux trois métrages des années 80. Mais le spectateur justement, a de quoi rester en marge de ces attractions qui délaissent complètement les personnages au profit de la mise en images. On sent que George Lucas, producteur et créateur de la saga, a influencé sur le rendu final du métrage, alors que Spielberg (et il savait le faire dans les trois premiers épisodes) aurait sans doute insisté un peu plus sur la psychologie de ses protagonistes, pour rendre moins ésotérique l’intrigue, qui à défaut être passionnante, est trop complexe.

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Manque donc à cet épisode un vent d’humanité qui aurait pu rendre plus sincère et touchant le début de la relation du professeur Jones avec son fils, ou encore plus convaincantes les activités de double-agent de « Mac » (Ray Winstone). Interprété par le jeune et brillant Shia LaBoeuf, (ex-star du petit écran américain), le descendant d’Indiana offre la possibilité de faire durer la franchise de Lucas et Spielberg sur le long terme, même si le vieillissant Harrison Ford, comme le stipule le petit gag de fin, n’est pas mort, et prêt à reprendre du service. Subsistent quand même de nombreux signes de l’abandon des codes de la saga au détriment du tout-numérique, parmi lesquels le fait qu’Indy ne manie qu’à de trop rares occasions son arme et son fouet... Il y a de quoi être nostalgique. L’esthétique rétro de Spielberg a beau nous faire retomber un temps en enfance, dans le passé, le leurre ne fait plus vraiment illusion quand apparaissent à l’écran de prodigieux effets numériques, qui bien que bouleversants, détruisent tout affect lié à l’histoire.

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Peu importe donc l’incongruité du dénouement, ce qui nous intéresse ici, c’est la forme, et pas autre chose. L’armée de créateurs de Lucas associée au talent inné de Spielberg, accouche une nouvelle fois d’une production hors-norme tant certaines scènes, certaines images, marquent par leur audace et leur réalisation. Comment ne pas applaudir la séquence d’ouverture qui introduit les personnages et les enjeux de l’intrigue sous un hangar militaire labyrinthique. Comment ne pas s’émerveiller devant ce plan inouï qui voit Indy se relever au pied d’un champignon atomique, ou encore pendant l’impressionnante course poursuite en pleine jungle. Enfin, que dire de l’envol final du vaisseau spatial qui laisse place dans le même plan à la destruction d’un paysage magique fait de ruines et de monuments historiques. Que dire donc, de ces prouesses formelles qui font rapprocher un peu plus le cinéma du jeu vidéo et de l’ère numérique ? Devant ce quatrième volet des aventures d’Indiana Jones, on a tout juste l’impression de voir de vieux ados s’amuser avec les jouets de leur enfance, mais avec des règles d’aujourd’hui. D’où un décalage évident qui vient parasiter notre regard de spectateur-enfant.

Images : © Paramount Pictures France






A l’occasion de la sortie du nouveau film des frères Dardenne, Le Silence de Lorna, et après celles d’Eldorado et de JCVD, Fin de Séance vous propose un top 5 spécial Belgique.

  1. C’est arrivé près de chez vous de Rémy Belvaux et André Bonzel
  2. Quand la mer monte de Yollande Moreau et Gilles Porte
  3. Les Convoyeurs attendent de Benoit Mariage
  4. Calvaire de Fabrice du Weltz
  5. Et bien entendu n’importe quelle oeuvre des frères Dardenne


Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

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- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
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