The Girl Next Door (DTV) (Un film de Gregory M. Wilson)
Jeux d’enfants
Par Julien Dumeige, le 15 mai 2009 2009
Adapté du roman éponyme de Jack Ketchum, dont l’œuvre semble intéresser de plus en plus les cinéastes, The Girl Next Door de Gregory M. Wilson est un film éprouvant qui renouvelle le genre horrifique par le prisme du drame avec une puissance tétanisante. Le réalisme, la violence latente ancrée dans des personnages ordinaires provoquent un malaise à l’ampleur inédite en renvoyant paître tout les codes du film de genre.

The Girl Next Door dépeint à travers la vision naïve et innocente d’un petit garçon, David, la descente aux enfers d’une jeune fille torturée par ses propres cousins et leur mère Ruth, véritable monstre, impénétrable et destructrice. David voue une amitié et un respect profond à ses voisins et tombe vite amoureux de leur cousine Meg, désormais orpheline. Le comportement de Ruth envers elle devient de plus en plus accusateur et punitif sous les yeux du jeune garçon, mais Meg doit accepter son sort sous peine de voir sa petite sœur handicapée prendre sa place de souffre-douleur.

Souvent comparé à Stand By Me de Rob Reiner à cause d’un univers proche (l’enfance dans les années 50 et la confrontation à la violence), le film de Wilson en est pourtant très loin, notamment par l’absence totale de nostalgie qui cède la place à une cruauté quotidienne parfaitement clinique. En dehors des principaux protagonistes qui vont subir la violence (David, Meg et sa petite sœur), la pureté des sentiments est constamment remise en question, notamment ceux, très ambigües concernant les relations familiales. David et Meg ne bénéficieront d’aucun soutien dans leur calvaire respectif, le premier doit assister, avec une position de voyeur dérangeante, à tous les outrages de la fille qu’il aime en se demandant si ce qu’il voit est bien ou mal.

Ketchum questionne ainsi non seulement la cellule familiale, gouffre d’insécurité, mais aussi la virilité qui naît ici dans la domination de la femme et le manquement à des considérations morales premières. Meg doit subir la vision aberrante de sa famille qui voit en elle sur l’impulsion de Ruth, un être impur, tentateur et amorale alors que le personnage est présenté au spectateur comme la douceur incarnée, contraste certes un peu facile mais nécessaire à l’identification spectatorielle. The Girl Next Door explore aussi l’appartenance des enfants à leurs parents ou à leur tuteur légal (Ruth en l’occurrence) qui ici s’exprime dans la profanation du corps de l’autre et la corruption de son être.

Autant être clair, le film est d’une violence morale rare, jamais désamorcée par des effets trop appuyés ou par d’éventuelles digressions comme l’enquête policière qui n’est vue que de l’extérieur par les principaux protagonistes. The Girl Next Door se dégage également de toute complaisance et garde une bonne partie de la violence physique hors-champ, préférant s’attarder sur les visages exprimant tour à tour souffrance et pur sadisme, mécanisme filmique bien plus éprouvant au passage que n’importe quel Hostel puisqu’en se focalisant sur l’aspect dramatique de ses personnages, Wilson met à rude épreuve l’empathie du spectateur. Celui-ci, emprisonné dans le point de vue du personnage le plus passif et le plus faible (David), est livré à sa propre frustration et se prend à espérer, en vain, une aberration scénaristique qui mettrait fin au calvaire.

La réalisation soutient le tout avec une grande froideur en restant très télévisuelle, esthétique pauvre (un peu trop parfois) qui colle non seulement avec le réalisme voulu mais aussi avec le style littéraire laconique et glacial de Jack Ketchum. Peu à même d’exprimer la claustrophobie croissante contenue dans le récit, les mouvements de caméra sont réduits au minimum afin d’enfermer l’intimité de la souffrance dans des cadres bien choisis. L’ingéniosité de la narration passe ainsi non pas par l’intensité progressive des actions mais bien par l’évolution sinueuse de la psychologie des personnages. Les bourreaux ne sont pas des psychopathes schizophrènes mais des gens ordinaires subissant la manipulation ou la frustration dans le cas de Ruth qui excite les pulsions primales de ses enfants pour parvenir à ses fins. Ruth est le vrai monstre de The Girl Next Door et se place toujours en marge de l’action grâce à ses capacités rhétoriques exceptionnelles et manipulatrices. La violence du film est d’ailleurs en grande partie contenue dans ses tirades visant à justifier et à verbaliser de manière presque performative les supplices à venir de la jeune fille à qui il ne reste plus que l’acceptation de la douleur et la survie de sa sœur comme échappatoire.

Insoutenable dans son dernier acte, The Girl Next Door ferait presque passer Martyrs de Laugier pour un feel-good movie tant le film de Wilson est âpre et douloureux. Celui-ci étant passé à la trappe sur les écrans français pour des raisons compréhensibles, il devrait trouver son public en DVD, d’autant que sa sortie coïncide avec celle de The Lost de Siverstone, également adapté de Ketchum. Sans être un chef-d’œuvre, notamment à cause du manque d’ambitions formelles de Wilson, The Girl Next Door vaut surtout pour son intensité émotionnelle qui happe le spectateur jusqu’au douloureux générique de fin.

- Lire l’analyse critique de The Lost, autre adaptation de Jack Ketchum

Images : Film distribué en DVD par Seven7






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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