Juno (Un film de Jason Reitman)
Juno Dynamite
Par Julien Hairault, le 15 février 2008 2008
A seize ans, Juno tombe enceinte après son premier rapport avec son petit ami Paulie. Ado à très forte tête, elle décide de garder le bébé dans l’optique le faire ensuite adopter par un jeune couple qui vit dans une banlieue proprette.

Juno peut être aimé pour les mêmes raisons qui font qu’on peut aussi détester ce film indépendant américain que l’on nous a vendu comme le dernier Little Miss Sunshine, plusieurs fois nominé aux prochains Oscars. Il y a d’abord ce personnage d’exception, cette jolie adolescente à la répartie facile qui a son idée sur tout, et avec qui aucune conversation ne prend une tournure normale. Juno est drôle, du coup le film le devient aussi par la force des choses. Juno est cool, habillée avec de vieilles fringues, écoutant les Stooges, téléphonant dans un hamburger ! Jason Reitman décrit le milieu adolescent d’une ville moyenne, sans vrais rebelles ni bullys, et dresse le portrait de personnages qui évitent souvent les clichés (la pom-pom girl, meilleure amie de Juno, qui craque sur le prof de maths grisonnant). Reste que ce film n’a pas pour sujet le microcosme adolescent, mais le passage forcé à l’âge adulte d’une ado qui se voit d’un coup confronté à une réalité bien éloignée de son quotidien.

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La grossesse de l’ado de seize ans n’entraîne pas de réactions virulentes à son égard, le film ayant l’air de se passer dans une ville-bulle qui rejette toutes les dérives de la société et de la politique américaine. On en apprend très peu finalement sur l’Amérique dans Juno. Certes ses personnages peuvent très bien exister, le film étant adapté d’un roman de Diablo Cody, ancienne strip teaseuse qui est partie de faits rencontrés dans sa vie pour écire son ouvrage. Mais c’est plus à une galerie haute en couleurs de personnages atypiques à laquelle on a affaire ici. Mise à part Juno, héroïne sur laquelle des pages pourraient être écrites, surtout au regard de la performance incroyable de Ellen Page, on appréciera la belle-mère de celle-ci, passionnée par les chiens et qui s’en prend avec violence à l’infirmière qui effectue l’échographie sur celle qu’elle considère désormais comme sa fille.A l’image de la plupart des effets comiques du film, cette scène joue la carte de la surprise : la scène démarrant normalement avant de vite dévier par le langage vers l’affrontement et la domination d’un personnage sur un autre. Juno n’est rien d’autre que le one-woman-show d’une adolescente pas comme les autres. Dans ce film, c’est la parole qui fait avancer l’histoire. Les hommes et les femmes de ce petit conte moderne ne communiquent leur sentiments que par ce médium, et bien en a pris à Jason Reitman d’avoir vraiment bien travaillé sur ce sujet. Le slang parlé par les ados est tout aussi drôle que la signification des mots qui l’accompagnent. La différence de classe entre Juno et Vanessa (la jeune femme qui adoptera l’enfant, très belle Jennifer Garner) est marquée en premier lieu par la façon dont elles parlent. La première utilisant souvent le mot “thing”pour parler de l’embryon puis du bébé qu’elle couve dans son ventre, la seconde s’émouvant très vite à l’idée d’avoir son “baby” à elle. Dans cette belle comédie qu’est Juno, c’est d’ailleurs le seul personnage qui a le droit à des scènes qui ne tombent pas dans le registre de la pure comédie. Il s’agit d’ailleurs du personnage le plus humain du film, celui qui nous ressemble le plus, les autres appartenant au cadre trop figé du film indépendant américain snob, qui n’autorise qu’en général que des figures décalées (voir les personnages principaux de Garden State ou Little Miss Sunshine par exemple). C’est d’ailleurs Vanessa qui partira au final avec le bébé, après s’être séparé de son gamin de mari (Mark), comme s’il s’agissait de l’unique personne capable de bien s’occuper du nouveau né...

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Juno est un film d’une fraîcheur qu’il serait au fond stupide de bouder. Reste un problème de taille, celui de son snobisme affiché, de cette attitude de film cool tellement visible qu’elle peut déranger par moments. On avait rarement vu film plus séducteur que celui-là. L’opération séduction commence bien entendu avec le personnage titre qui prend le récit en main, et dont le comportement hyperactif nous empêche réellement de souffler, et de prendre de la distance avec l’histoire. Peu importe finalement que le film décide de se centrer sur l’héroïne qui porte son nom. Et puis on l’a dit, Ellen Page assure tellement bien que son show ne lasse pas une seconde. Ce qui gêne par exemple, c’est la bande son faite-pour-plaire-et-toucher du film, constituée des mélodies pop de Belle and Sebastian et autres groupes indépendants très cotés dans le milieu artistique outre Atlantique, alors que Juno et Mark se disputent sur la question des meilleurs groupes punk de l’histoire. Il y a comme un décalage entre l’histoire et le film. La pop acidulée sert ici à embellir l’ensemble, à arrondir les angles. Enfin la mise en scène décorative de Reitman, qui se trouve avoir eut finalement la chance de tomber sur un script et une actrice de cette envergure, apporte peu d’identité formelle au film, si ce n’est aucune. Mise à part la magnifique séquence animée du générique du début, Juno est un film ni laid ni beau, juste là pour vendre l’histoire de son incroyable adolescente, le reste, surtout le cinéma, importe peu.

Sur un sujet très proche, on vous conseillera plutôt de voir ou revoir l’excellent et très drôle En cloque mode d’emploi de Judd Apatow, l’une des meilleures comédies US de ces dernières années. Dans un registre plus niais, il faut aussi voir l’ahurissant Napoleon Dynamite (Jared Hess, 2003, jamais sorti en France), film culte aux Etats-Unis auquel il est fait allusion dans Juno dans la scène, sortie de nulle part elle aussi, où deux ados aux tronches impayables se disputent pendant un cours de chimie au lycée, sous les yeux consternés de Paulie et Juno, qui pour le coup ne sait pas quoi dire. C’est la seule fois du film que cela lui arrive, la seule fois aussi que le spectateur se sent un peu perdu...

Images : © Twentieth Century Fox






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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