"Justin de Marseille" (M. Tourneur), "L’Etranger" (L. Visconti), "La Vie de château" (J.-P. Rappeneau), "Taking Off" (M. Forman) - Lumière 2010
Par Flavien Poncet, le 7 octobre 2010 2010 - automne - 20:48
Pour la deuxième journée du mercredi 6 octobre, c’est à un voyage entre les décennies et les pays, sur le mode principal du rire, que nous a convié Lumière 2010. La journée s’est achevée sur la mécanique humaine de Buster Keaton et d’Edward Sedgwick, Le Cameraman, mis en musique par Timothy Brock à l’Auditorium de Lyon. L’œuvre est classique, connue par beaucoup comme un des grands chefs-d’œuvre du burlesque muet hollywoodien. Nous n’y revenons pas, Thierry Frémaux l’a résumé : « c’est ce genre de film dont on connait sans doute la qualité de chef-d’œuvre ».

JUSTIN DE MARSEILLE de Maurice Tourneur (France, 1935)

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Justin de Marseille occupe la place d’un film du retour dans l’OEuvre de son auteur, de la même façon que French Cancan pour Jean Renoir. Justin, bon samaritain local, adoré de tous les habitants du port marseillais, lutte contre la pègre d’Esposito, moins pour faire régner la justice que pour établir un ordre. Ainsi, il va s’efforcer à ce que l’opium arrivé illégalement par le port soit livré à ses destinataires prévus, les Chinois, sans être détourné par Esposito.

Après avoir été un cinéaste remarquable à Hollywood pendant la période du muet, Tourneur revient en France, son pays natal, pour y poursuivre sa carrière. Il y tourne donc ce film plus atlantique que méditerranéen. Plus atlantique parce qu’il se situe définitivement sur le littoral français, par le caractère gouailleur des personnages et par la truculence pagnolesque de certaines situations, tandis qu’il rejoue allégrement l’esthétique du Film Noir. Le chef opérateur (George Benoit qui, de l’aveu de Tavernier, aurait été considéré par Raoul Walsh comme un des meilleurs de son métier) s’inspire de la tradition des films de gangster tout autant que du réalisme français, entre Wellman et Grémillon.

Le film a été projeté dans une version restaurée numérique haute définition à partir du négatif et du positif pour l’image, et du seul négatif pour le son. L’occasion d’apprécier une copie remarquable qui rend justice tout aussi bien à l’image qu’au son. Les restaurations permettent à des œuvres méconnues (et il y en a un grand nombre lors de ce festival) de trouver un second élan, de participer à une histoire du cinéma que le spectateur peut, au plaisir, reconstituer. Au plaisir, cette histoire de justice populaire avec courses de voitures et punchlines pagnolesques n’est pas sans évoquer au spectateur moderne des productions marseillaises Besson comme Taxi. Mais Gérard Pirès est loin d’être est un aussi vaste enchanteur poétique que Maurice Tourneur et n’est pas le père d’un cinéaste prodigieux, Jacques Tourneur.

L’ETRANGER de Luchino Visconti (Italie, 1967)

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Lorsque Luchino Visconti adapte « L’étranger », le grand ouvrage de Camus, son OEuvre accuse, sinon une dépression, une certaine minoration. Après Le Guépard, Visconti met en scène Sandra, un des plus beaux rôles de Claudia Cardinale, qui substitue au crépuscule d’une époque entière le seul déclin d’un âge, celui d’une femme. Dégagé de l’épopée, Visconti recentre son cinéma vers l’individu, dont Mort à Venise puis Ludwig, le crépuscule des dieux seront l’apogée. L’Étranger vient donc après Sandra, porté par une musique parcimonieuse remarquable signée Piero Piccioni, aussi belle et étrange que les musiques acousmatiques d’un Schaeffer. Les grands instants du film interviennent lorsque cette musique accompagne les visages de Marcello Mastroianni, éclairés de spots directifs nébuleux, et les brèves apparitions d’Anna Karina. Il en résulte au final, moins un versant romantique qu’une expression kafkaïenne de l’existence. La séquence finale du tribunal, où –chose absurde en soi- Bernard Blier se fait l’avocat de Mastroianni exprime la pleine absurdité du film, un non-sens davantage camusien que viscontien. Centré sur un fils en deuil de sa mère pour qui rien n’est important, répétant à plusieurs reprises « ça ne fait rien », L’Étranger converge toutes les forces du cinéma à traduire l’humanisme insensé de Camus.

LA VIE DE CHÂTEAU de Jean-Paul Rappeneau (France, 1965)

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En 1965, un des cœurs palpitants du cinéma français, la Nouvelle Vague dans son acception large, connaît une période de déflation. 1963, les Jeunes Turcs après avoir jouit d’une renommée d’échelle internationale, éprouvent des difficultés à produire leur prochain film. Dans le même temps, une nouvelle vague ne tarde pas à affluer, enrichi du succès de la précédente. Jean-Paul Rappeneau fait partie de ceux-là. Au générique de son premier long-métrage, quelques artistes de sa génération : Claude Sautet et Alain Cavalier au scénario, Michel Legrand à la musique et Pierre Lhomme à la photo. Pas n’importe qui. Imaginez Papy fait de la résistance mis en œuvre par une bande de jeunes artistes pétris de talent. Le vaudeville se situe pendant l’Occupation allemande, dans un château champêtre, où un mari, sa femme, leurs mère et père respectifs se impliqués bon gré mal gré dans la Résistance française. Éternelle interrogation dont la pertinence résonne encore, aujourd’hui : peut-on verser dans autant de farce à partir d’un tel sujet ? Au jeu des cinéphiles, Rappeneau dans La vie de château côtoie moins la généalogie de la Nouvelle Vague que parfois l’amertume ironique des premiers Claude Autant-Lara.

Il faut savoir cueillir son plaisir où il fleurit. La Vie de château, de la part du cinéaste pompier que peut être l’auteur de Cyrano de Bergerac, propose un pan plaisant du jeune cinéma français des années 60, d’autant plus plaisant qu’il est porté par un profond noir et blanc signé Lhomme (grand nom, rien que pour La Maman et la putain).

TAKING OFF de Milos Forman (Etats-Unis, 1971)

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Premier long-métrage états-unien de Milos Forman, Taking off oeuvre à ce qui fait le sel des plus grands films américains réalisés par des européens (ceux des Lang, Ophuls ou Varda) : la critique acerbe et profonde du système économique et culturel de la société américaine. Le film ressemble à une allègre gueule de bois. Au lendemain de mai 68 et du printemps de Prague, Forman constate l’échec de l’utopie libertaire et dresse le portrait "au vitriol" (selon l’expression consacrée) de la jeunesse américaine. Situant en champ-contrechamp les jeunes de la génération hippie avec leurs parents conservateurs, Forman, fort du scénario de Jean-Claude Carrière, un des plus formidables scénaristes au monde, met en crise, sur le mode dialectique, la chimère hippie. Tandis que les chanteurs beatniks sont représentés comme des arrivistes, opportunistes et capitalistes en puissance (ce que notre présent a confirmé), les parents sont exposés comme des bourgeois contrits et guindés. Auteur malicieux et joyeusement farceur, Carrière a articulé quelques séquences aussi drôles qu’elles organisent la réunion des plus incongrus entre deux objets de deux mondes hétérogènes. Parmi les instants les plus forts en contrariété, cette séquence où un aréopage de parents bourgeois, membres d’une association de parents d’enfants fugueurs, s’initie au fumage de joints. Autres moments hilarants, cette partie de bataille texan –strip-poker- entre deux couples de bourgeois new-yorkais, surpris in fine par les yeux de la jeune fille. Préambule mordant à Hair, Taking off a offert l’un des films les plus drôles, dû aussi à l’intelligence de sa mise en scène, de cette journée.

 






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
- Le Ciné-Club de Caen

Ces liens vous sont proposés par Fin de Séance, site d’analyse critique des films d’aujourd’hui, n’hésitez pas à nous contacter pour nous transmettre des liens équivalents pour d’autres villes.

Retrouvez également Vodkaster - Le blog de la cinéphilie 2.0



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